17/05/2007

Fillon, Directeur général de France SA

Dans son livre "La France peut supporter la vérité", publié à l'automne 2006, il se dit partisan d'un "régime présidentiel à la française" où le président dirige le gouvernement. Il sait que ses fonctions à Matignon consisteront d’abord à servir l’Elysée, à jouer les DG du super PDG de France SA, le chef de la grande gare de triage nommée « gouvernement » … et, comme ses prédécesseurs (seul signe de continuité?) le premier fusible en cas de crise !

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Fillon ? Un anti-Sarko. Un Sarko en creux. Il est aussi calme et discret que le Président est agité, toujours sous tension et sans cesse en première ligne sous les sunlights. Il est aussi porté vers la concertation, le dialogue et le compromis que son Chef est mû par la volonté de convaincre, de persuader, de séduire. Et de se faire obéir.  Belle complémentarité, où chacun y trouve son compte et ses intérêts depuis deux ans. "Fillon est plus que parfait", a dit Sarkozy. Il s’est même mis à faire du jogging.. Jusqu’à quand ?

Tous les journalistes politiques le savent : Raffarin n’aime guère Fillon, Juppé s’en est méfié avant d’apprendre à le supporter, Chirac a beaucoup misé sur lui avant d’être déçu par lui. (la réciproque est vraie d’ailleurs). « Il ne restera rien de son mandat, sauf mes réformes »…  

Et Sarkozy, longtemps, l’a considéré comme « un faux cul » avant d’apprécier sa face de « grand serviteur », dans le lignée de Joël Le Theule, son père  en politique, et de Philippe Séguin, son maître. Un maître qui n’a pas fait de ce « gaulliste social » un Européen convaincu : son hostilité à Maastricht ne fut pas que conjoncturelle. Un archéo souverainiste, ce Fillon.

Mais qu’aura-t-il à dire sur l’Europe ? Qu’aura-t-il à dire sur l’ensemble des dossiers d’ailleurs ? Il n’y a plus de « domaine réservé » : tout est du « domaine présidentiel ». L’article 20 de la Constitution reste là pour mémoire (en cas d’une désormais bien improbable cohabitation). Le gouvernement exécute la politique définie par l’Elysée : c’est la loi du quinquennat. « François, vous avez tous les atouts », lui a lancé Dominique de Villepin en lui transmettant le flambeau. 

Point d’histoire : la V ième République se retrouve ainsi dans l’application du « contrat de Législature » que prônait Pierre Mendès-France. PMF ou l’art d’avoir raison trop tôt. A une nuance près (de taille) : le radical Mendès était favorable à un vrai équilibre des pouvoirs, et non à un Parlement croupion défini par un mode de scrutin qui n’a rien de très démocratique.

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Mais Sarkozy déteste l’opposition, sauf celle de Sa Majesté, que Fillon sera chargé de… construire sur mesure : mieux vaudra un PS qui coule à un Mouvement démocrate qui peut réserver des surprises ! Haro sur Bayrou : c’est l’un des mots d’ordre politiciens que Fillon, vieil apôtre d’une union entre la droite et le centre, devra exécuter, à sa manière, à coups de peaux de bananes et de poisons plus qu’à coups de fusils. A suivre…Entres autres jolies batailles. La politique conduite par les deux quinquagénaires ne sera en rien un long fleuve tranquille...