14/03/2008

Union pour la Méditerranée: Oui à un projet Sarkozy...amendé

L’Editorial de Daniel RIOT pour RELATIO

5130771d1eab4a159fec2dae8fd529f9.jpgSarkozy a mis de l’eau dans son arak, Angela Merkel dans son raki, la commission dans son ouzo, les « nordistes » dans leur anis gras, et cela donne une très bonne anisette, cette boisson que l’on  trouve sous une forme ou sous une autre sur tout le pourtour méditerranéen. Et c’est bien. Car cela prouve qu’avec doigté et intelligence les 27 peuvent parvenir à des compromis qui ne sont pas forcément des plus petits communs dénominateurs.

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14/11/2007

EUROPE:Le Festival Strasbourg-Méditerranée

SUGGESTION RELATIO:Le festival Strasbourg-Méditerranée a été créé en 1999, à l’initiative de l’association Décade, coordinatrice de la manifestation, et un collectif d’acteurs associatifs, culturels, institutionnels, des artistes, des chercheurs, intervenant dans le domaine des mémoires et des cultures de l’immigration, notamment celles issues du bassin méditerranéen.

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Tous les deux ans, et durant 15 jours, il met en lumière la richesse intellectuelle, artistique et culturelle des peuples de la Méditerranée. Spectacles, concerts, projections, expositions, débats, colloques, organisés dans toute la Communauté Urbaine de Strasbourg, invitent les habitants de la ville à découvrir et à s’ouvrir aux cultures, à l’histoire, à l’actualité et à la création de nos voisins du Sud.
C’est un moment privilégié de fête, de rencontre et de réflexion, un événement unique et singulier en Alsace dont une partie importante de la population est issue du pourtour méditerranéen.

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La cinquième édition: 90 manifestations

Du 24/11/2007 au 08/12/2007

Pour sa 5e édition, le festival souhaite “faire tomber la frontière” et invite les Alsaciens ( et d’autres)  à s’ouvrir aux cultures, à l’histoire et à l’actualité de nos voisins du sud de l’Europe.
Durant deux semaines, la Grèce, la Bulgarie, l’Espagne, la Turquie, l’Algérie… s’invitent sur les scènes de Strasbourg et de la CUS (L’Illiade, Point d’Eau, Salle du Cercle, Cheval Blanc…).
Près de quatre-vingt manifestations sont organisées : concerts, lectures, expositions, débats, danse, cinéma, théâtre, contes, marionnettes. Un programme foisonnant pour faire entendre la Méditerranée à travers la parole d’artistes, de comédiens, de musiciens, de photographes, de réalisateurs qui viennent (presque) tous de la “Mare Nostrum” et rendent un hommage à toutes les communautés du Sud qui aujourd’hui vivent en Alsace.

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24/10/2007

L’union méditerranéenne de Sarkozy: Un beau projet mal dessiné

L’éditorial de Daniel RIOT pour RELATIO : Une chimère ? Une fausse bonne idée ? Un vrai projet ? Le concept « d’union méditerranéenne » de Sarkozy soulève pour l’heure plus de questions que d’enthousiasme, en dépit des approbations polies du Roi Mohammed VI et de quelques autres…Bien des problèmes sont sinon à régler du moins à clarifier, en effet :

1)      Mettre ensemble des pays qui ne s’entendent pas n’est pas évident. Sans même parler des Israéliens et des Palestiniens, ne songeons qu’aux Marocains et aux Algériens. Les  Sahraouis (entre autres) les séparent. Une union euro méditerranéenne présuppose une entente magrébine (une vieille idée, aussi !)

D’ailleurs, Sarkozy hier s’est ensablé. Il a fait plaisir aux Marocains en reconnaissant (à juste titre d’ailleurs) que leur plan pour le Sahara-Occidental était "sérieux et crédible", mais il a froissé les Algériens.  « Le choix dangereux de Sarkozy », titre El Watan, (repris par Courrier International)  « Nicolas Sarkozy a raté une occasion d'arrimer définitivement son pays au consensus mondial sur le Sahara-Occidental, ou de se taire dignement », écrit le quotidien Le Soir d'Algérie, en faisant référence à la position de l'ONU, qui a appelé en avril dernier le Maroc, « puissance occupante », et le Polisario à négocier l'avenir du territoire en vue de parvenir à l'autodétermination des Sahraouis.

2) Sarkozy, dans  ses explications partielles, n’a pas dissipé deux doutes qui font faire d’amples commentaires dans le bassin méditerranéen. Premièrement : c’est l’immigration qui le préoccupe surtout (même si, avec doigté, il a mis cette question à l’ordre du jour d’un sommet différent). Deuxièmement : n’a-t-il pas comme vrai but de trouver une solution de rechange à la « question turque » ? Le quotidien marocain L'Economiste évoque ainsi « l'idée de base » du « partenariat privilégié », concept qui rappelle la « contre-offre » faite par Sarkozy pour évacuer l'intégration de la Turquie par l'UE…

3)   L’espace euro-méditerranéen ne se limite pas aux pays des plages… Le Monde pose clairement la question dans son édito : « Quels sont les Etats du Nord qui, selon M. Sarkozy, participeront à cette coopération renforcée, où la France jouera un rôle essentiel, alors que les autres membres de l'UE ne seront qu'"observateurs" ? L'absence des Britanniques, des Allemands, des Scandinaves, etc., assurera-t-elle à cette Union le succès qui a manqué au processus de Barcelone, lancé en 1995 avec les mêmes objectifs ? »

D’ailleurs, pourquoi ne pas inscrire ce grand dessein dans la perspective d’une amélioration et d’un élargissement du processus de Barcelone qui a certes déçu mais n’est pas sans mérite.

En matière de coopération Nord-sud, on ne part pas de zéro :le Conseil de l’Europe a son centre (qui siège à Lisbonne). L’Union européenne a sa politique de voisinage qui peut être amendable et EUROMED n’est pas une boite vide ou une mécanique qui tourne à vide….Là est incontestablement la vraie question. Car tout ce que Sarkozy propose concrètement (et encore très partiellement, très superficiellement) pourrait très bien être réalisé dans ces cadres. Le développement durable, l'énergie, les transports, l'eau, l’université, des programmes du type Erasmus, des rencontres et des interactions culturelles, une agence de l'environnement et une autre dédiée à l'audiovisuel.. Ce « plus grand  laboratoire du monde du codéveloppement » a-t-il besoin d’un nouveau mécano institutionnel ?

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C’est beau et très  digne de se réclamer de l’esprit des pères fondateurs de la CECA. Mais, la CECA c’est le contraire de l’intergouvernemental, de la simple coopération. Monnet et Schuman réveillez-vous ! On vous lit mal. Et on déforme l’esprit qui fut le vôtre…

Dans l’esprit des « pères fondateurs », ce sont les institutions communautaires qui seraient ou devraient être au coeur et à la tête de ce grand dessein.

Sur le fond, Sarkozy a raison : Sur les bords de la Méditerranée, « ici, on gagnera tout ou on perdra tout »… La coopération méditerranéenne est l'antidote des guerres de civilisations et de religions, l'arme décisive contre le terrorisme, le fondamentalisme et l'intégrisme. Et (devrait-il ajouter) contre les inégalités.Mais dans la forme la copie n’est pas au point. Le dessein est louable, le dessin est mauvais.

 D’ici juin 2008, il peut évidemment améliorer ce que « Aujourd’hui Le Maroc » appelle pudiquement son « indice de crédibilité »… En attendant, on comprend « le scepticisme poli », comme dit diplomatiquement « La Nouvelle Tribune », que cette « coquille vide » inspire sur les rivages du Maghreb et dans de nombreuses capitales européennes, à commencer par Bruxelles où la Commission attend des « éclaircissements »…

Ce projet euro-méditerranéen, rêvé depuis longtemps, formalisé par Paul Valéry dans son « Regard sur le monde actuel »,  est trop beau pour être gâché par un manque d’esprit communautaire : ce serait insulter les « pères fondateurs » et l'avenir!

Daniel RIOT

11/07/2007

Europe-Méditerranée : Qui sera le Jean Monnet de « l’union méditerranéenne » proposée par Nicolas Sarkozy ?

158c6580878e87315c71b3fa7197419a.jpgEDITORIAL RELATIO PAR DANIEL RIOT : Une Union méditerranéenne ? Qui n’en rêve pas ? Qui n’en a pas rêvé ? Paul Valéry, avant-hier, dans son « Regard sur le monde actuel », avait mis au point un beau projet. Albert Jacquart, dans plusieurs de ses ouvrages, en a démontré la nécessité. Et bien des initiatives ont été prises et ont plus ou moins abouti à des résultats concrets : dialogue Nord-Sud à partir du Conseil de l’Europe, Centre méditerranéen, et, bien sûr Euromed, MEDA, PEV... !

Las ! Le lac méditerranéen reste un fossé. Avec des inégalités qui s’accroissent entre les peuples riverains et des relations souvent conflictuelles, ne serait-ce qu’en raison de ce « passé qui ne passe pas » entre la France et le Maghreb, de l’ampleur des aspirations migratoires, du choc des cultures, des heurts d’intérêts. Et du manque d’audace et de volonté commune  des Européens qui sont eux-mêmes écartelés entre les pôles (et les nostalgies) hanséatique et « romaine ».

Un constat fait l’unanimité, ou presque. Le "processus de Barcelone", inauguré en 1995 par les quinze pays membres de l'Union européenne, qui devait rapprocher les deux rives de la Méditerranée, est un « échec », en dépit des améliorations apportées d'un bilan à l'autre, notamment en 2005. Je me souviens, en témoin direct,  des espérances formulées à cette époque, des discours riches de promesses. Et j’ai eu plusieurs occasions de mesures, sur le terrain, l’ampleur des …espoirs déçus , des promesses non tenues.

Pas de miracle sous le soleil. Sous la plage, des pavés de bonnes intentions,mais des moyens insuffisants. Sarkozy  rêve, avec l’active complicité de son conseiller en beaux discours, Henri Guaino, de faire en sorte que la France , avec et par l’Union européenne, joue un peu le rôle qu’ont joué les Etats-Unis pour l’unification du continent européen. Elle devrait et elle pourrait le jouer, ce rôle. Elle aurait même dû le faire.

Historiquement une belle occasion a été manquée lors de l’effondrement du mur de Berlin : on aurait pu « européaniser » la réunification allemande en échange d’un engagement ferme en faveur d’une européanisation  des relations entre les rives de la Méditerranée. Est-ouest et Nord-Sud : des priorités à définir et des chantiers à mener de conserve, en parallèle. En y mettant les moyens qui s’imposaient.

Il est trop tard pour les regrets : à l’époque, Mme Thatcher qui ne pensait qu’à son « chèque » et était prise de panique devant la perspective d’une seule Allemagne, empêchait tout accord sérieux sur ce qui aurait pu être un projet Mitterrand-Kohl…

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Mais il est encore temps de tenir compte d’une donnée fondamentale : les dirigeants européens qui parlent du « plan Marshall » à tout propos et à propos de tout, notamment des relations euro-méditerranéenne,  oublient que ce Plan a d’abord réussi en raison de quatre facteurs : une volonté réelle des USA, l’effet de masse des crédits débloqués, une vision globale  de l’aide plus structurelle que conjoncturelle et la volonté d’unité des pays qui l’ont accepté.

Or, que voit-on ?

>>> Pas de vraie volonté de l’UNION…La Méditerranée pour certains des « 27 », ce n’est pas la Lune, mais c’est vraiment loin. Même le « bloc latin » que Sarkozy espère réunir reste mal défini. La France, l’Italie, L’Espagne, le Portugal, Chypre et Malte, mais les « autres » ? D’ailleurs ces pays sont-ils prêts (la question vaut aussi et peut-être d’abord pour …la France à faire passer leur amour des relations bi-latérales avant les intérêts d’un multilatéralisme bien compris et inteligemment coordonné ?

>>> Pas d’effet de masse dans les investissements européens sur la rive sud : les Américains ont dépensé l'équivalent de 125 milliards d'euros entre 1947 et 1951, à comparer avec les 20 milliards que Bruxelles a consacrés au programme Euromed de 1995 à 2005.Le partenariat existe , y compris sur le plan stratégique, mais il reste très limité...

>>> Pas d’effets structurants d’accords plus fondés sur le développement du commerce par le libre échange que sur des stratégies globales de développement.

>>> Pas de vrai dessein d’unification des partenaires  du Sud. L’unité du Maghreb reste un mirage : frontière fermée entre l’Algérie et le Maroc Celle du monde arabe aussi : le panarabisme est en berne  Et, réalisme, oblige : la question israélienne n’est pas au bout du chemin, mais au commencement de la route.

La réconciliation franco-allemande est bien sûr citée en exemple, en référence, en modèle (Sadate et tous les dirigeants israéliens n’ont jamais manqué d’y faire allusion), mais il faut plus que des « tours de magie » médiatiques pour l’exporter…

D’ailleurs, dans sa tournée d’ « homme pressé » qui vient « dire bonjour à des amis » plus pour prendre date que pour nouer vraiment langue dans le Maghreb, Sarkozy a pu prendre la mesure des susceptibilités à ménager : les sourires d’Alger ont provoqué des grimaces à Rabat. Logique …

Qui plus est, Sarkozy doit faire des efforts pour échapper à des procès d’arrière-pensées qu’il a lui-même favorisés par son langage parfois peu diplomatique :

*Ne cherche-t-il pas s’abord, cyniquement, à alléger la question des flux migratoires ? Ne voit-il pas surtout dans cette « union méditerranéenne » un terrain de solution au « problème de la Turquie » ? Ne veut-il pas affaiblir l'Union en ne faisant pas de la coopération euro-méditerranéenne une affaire communautaire?

*N’est-il pas surtout animé par des préoccupations d’ordre sinon affairistes du moins économiques ?  Et ne cherche-t-il pas, dans ce qui est aussi  une partie de billard, à  creuser les différences entre l’Afrique du Nord et le continent sub-saharien ? La presse arabe et africaine explique tout cela avec clarté…

Les motivations essentielles de Sarkozy sont sans doute d’un autre ordre. Il a raison sur un point essentiel. La nature de cet  « espace de solidarité et de coopération », tant politique qu’économique, dont il veut faire « l’un des grands chantiers internationaux de son mandat » doit inverser la logique  du dialogue Nord-Sud qui place les pays du sud de la Méditerranée dans une position de dépendance vis-à-vis de leurs voisins plus prospères du Nord et accroît, en fait les inégalités. 

Il veut «  traiter le mal à la racine », en mettant l'accent sur la base du développement économique et social, la santé, l'éducation,la culture,  les transports, l'urbanisme, la politique industrielle. Les investissements étrangers dans les secteurs dits productifs ne seraient plus la priorité : Le codéveloppement doit  se substituer au commerce, « afin que les pays du sud de la Méditerranée ne soient pas de simples sous-traitants de l'Europe ».

Cette finalité-là vaut que l’on lui trouve des modalités adaptées. En cela, le « grand projet » sarkozien ne doit pas être considéré avec une ironie de blasé, mais il mérite d’être soutenu politiquement et d’être  « creusé »  par de vrais débats, de bonnes études  et de vraies discussions.

Ce n’est pas là une œuvre pour un « homme pressé » soucieux d’effets d’annonces, mais pour un chef de chantier discret, persévérant et intelligent. Qui sera le « Jean Monnet » qui transformera ce noble dessein en beau dessin ?

Daniel RIOT