11/08/2007

Démocratie : Où s’arrête le droit à l’humour ? Nez rouge princier et pieds de nez à la liberté de la presse

c1eb80622af0b111eed168943ad7f4e8.jpgDure, dure, la liberté d’expression. De plus en plus, même en certaines contrées dites démocratiques qui risquent bientôt de n’avoir plus guère de leçons à d’autres, où la censure d’Etat, de parti ou de « grands chefs » religieux  est la loi… Difficile, la pratique de l’humour. De plus en plus, semble-t-il, même en certaines contrées qui furent les premières à dénoncer l’intolérance des mollahs face aux caricature du Prophète dans un journal européen…

En France, un blog a été condamné pour outrage au ministre de l’intérieur. Comme la justice est lente, le ministre en question est devenu Président de la République avant le prononcé du jugement… D’autres blogeurs (locaux comme à Puteau) ont quelques problèmes, mais pour l’heure, c’est l’autocensure qui fait plus de ravages que la censure. Passons..

7b7405f83a22afca798879529a48aa35.jpg(dessin NON censuré...)

En Espagne, c’est une double caricature en un dessin qui a fait scandale (et affaire judiciaire) : posture outrageante du couple princier et ironie sur la prime naissance offerte par le gouvernement…

Au Maroc, où chacun s’accorde à reconnaître que la liberté de la presse est plus grande qu’ailleurs au Maghreb (ce qui n’est pas très difficile, il est vrai), l’affaire semble plus politique que journalistique : l’offense au Roi réprimée   est un signe d’autorité pour enlever des voix aux législatives aux intégristes qui font campagne sur le laxisme du régime de Mohammed VI. 

Il n’empêche : les affaires de censure dans ce Royaume ternissent l’image du Souverain qui, par ailleurs, sait si bien  faire rimer modernisation et démocratisation et tenir compte de tout ce qu’il a pu apprendre et méditer en travaillant à la Commission de Bruxelles à l’époque de Jacques  Delors…

Le comble de la censure gratuite vient d’un pays membre du Conseil de l’Europe :la principauté de Monaco. Un nez rouge fait déborder le vase de l’acceptable… En dix jours, un site Internet d'opposition a été fermé, et un sujet du prince a comparu pour "offense au chef de l'Etat". Il risque six mois de prison ferme parce qu'il avait voulu importer l'esprit "Charlie Hebdo" sur le web de la principauté.

098d0a5ff08330425405a7427051afc1.jpgmontage 20 minutes (par solidarité)

Quelle idée d’affubler Son Altesse Sérénissime Albert II d'un nez rouge, et de le baptiser « chef clown séducteur" ? Quelle idée aussi d’accorder à une  douzaine de dignitaires politiques de la Principauté le m^me appendice nasal ? Quelle idée encore de s’inspirer d’une rumeur sur quelque rumeur  circulant de mauvaise langue en mauvaise langue sur  l'un des hauts fonctionnaires de la principauté, en écrivant qu'il participait à des « ballets de couleur pastel ». A l’injure, à l’offense s’ajoute la  "diffamation"…

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L’auteur, un organiste à la Chapelle des Carmes, attend le jugement avec angoisse. On le comprend. Et il a perdu son emploi. Il en devient un personnage : un monégasque au chômage, c’est rare. Et malhuer à ceux qui prennent sa défense : L’ADIDM, Association pour la défense des intérêts et droits à Monaco (ADIDM) a été dissoute. Tout cela va finir devant la Cour européenne des droits de l’Homme de strasbourg. Cela consoler les Russes… Avec un belle bataille d’arguments en perspective : le ministère s’appuie sur les mesures contre les discrimination envers les étrangers travaillant dans la principauté,en l’occurrence un « immigré » venu de la préfectorale française, Jean-Paul Proust, ancien Préfet de police de Paris devenu ministre d’Etat de Monaco.

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Mais, j’y pense, aies-je le droit d’écrire tout cela ? Relatio censuré en principauté : ce sont les Chinois qui en seraient consolés…

On pense bien sûr à « Monaco, une affaire qui marche », le livre-enquête de Roger-Louis Bianchini   (Seuil, 1992)… Sur ce Rocher classifié « territoire non coopératif » par l’OCDE , on peut tout dire sauf du mal de ce qui s’y passe. Alors, la satire, l’ironie, la caricature ?... Comme dit la pub (parfois mauvaise) pour une marque de rillettes, « nous n’avons pas les mêmes valeurs ».

Amusant encore : En cherchant à recueillir une réaction du gouvernement sur la liberté d'opinion, Rue89   a joint un chargé de communication qui n'était « pas habilité à communiquer ». « Une première », note Rue89.«  Finalement, il a rappelé pour préciser que les saisies de journaux ne sont possibles "que dans le cadre d'une procédure judiciaire". Puis que la loi n°1299 du 15 juillet 2005 autorise "toute publication sur tous types de support". On n'en saura pas plus (…) Heureusement, le 19 septembre, dans un grand hôtel parisien, Monaco tiendra "à destination de la presse" un salon sur ses "trois pôles d'excellence, le bien-être, le business & congrès et la culture".

A noter (sans rire) : Le Comité anti-torture du Conseil de l’Europe a publié un rapport sur Monaco

Rien de grave n’y est signalé… Nous en sommes soulagés. Il a aussi adhéré  au GRECO   Il participe donc activement à la lutte contre la corruption Nous voilà encouragés. Et le Conseil de l’ Europe milite pour la liberté de la presse   Nous le savions. Et c’est ce qu’entre autres nous apprécions chez lui. Mais comment définir cette liberté qui rime, bien sûr, avec responsabilité ? Tout est là… L’article 23 de la constitution monégasque garantit cette liberté … en prévoyant  « la répression des délits commis à l'occasion de l'usage de ces libertés ». RSF a décidément beaucoup de pain sur la planche.

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Il est vrai qu’il y a plus grave … Hier, deux patrons de radios ont été tués en Somalie Avant-hier, deux jeunes journalistes ont été tués à Jaffna, au Sri Lanka En matière de liberté de presse dans le monde, nous en sommes presque à une annonce mortuaire par jour… Cela n’a vraiment rien de drôle.  

Comme n’ont rien de drôles les agressions dont mon amie Taslima Nasreen a été victime dans le sud de l’Inde. Elle finit par s’y habituer, Taslima, à ce type d’agressions. Dieu sait qu’elle en a subi depuis sa « condamnation à mort » par une fatwa de 1993 ! Aujourd’hui, la justice indienne lui demande des excuses publiques et « exige » qu’elle …brûle ses livres!

Daniel RIOT