18/05/2007
Bernard Kouchner réalise un de ses rêves, mais quel Quai d’Orsay va-t-il diriger ?
Pour Bernard Kouchner, c’est la réalisation d’un vieux rêve… parmi d’autres moins réalisables encore (Président de la République ou des Etats-Unis d’Europe ou du Monde…). Diriger le Quai d’Orsay n’est pas une mince affaire, mais il a un atout : il fera au moins aussi bien que Douste-Blazy qui n’y a pas fait grand-chose et qui a plutôt dévalorisé l’image d’une maison qui a brillé grâce à de grands personnages entrés dans l’Histoire.
Mais quelle maison, Kouchner aura-t-il à gérer ? « Si on perd les consulats, le codéveloppement et l'Europe, on va se retrouver en string » : les propos imagés d'un ancien ambassadeur cité par Le Figaro traduisent l'inquiétude des diplomates face aux projets de redécoupage ministériel préparés par Nicolas Sarkozy.

>>>Les craintes concernent notamment les conséquences de la création d'un grand ministère de l'« Immigration et de l'Identité nationale » qui pourrait englober certaines directions du ministère. La Direction des Français à l'étranger et des étrangers en France (DFAE) est directement concernée. Son lien évident avec les questions d'immigration fait redouter à certains que les services responsables de la délivrance des visas passent sous la coupe de la nouvelle entité, à la tête de laquelle était pressenti hier Brice Hortefeux. Des problèmes statutaires se poseraient alors pour les agents, même si divers arrangements (mise à disposition, par exemple) sont envisageables.
>>>La coopération au développement pourrait aussi être concernée par les redécoupages administratifs en préparation. « Une approche extensive de la politique d'immigration, qui pousserait à inclure toute l'action de développement, serait absurde », plaide un diplomate. En revanche, un rapprochement avec des structures dédiées au codéveloppement, dans des zones géographiques ciblées, apparaît plus acceptable aux diplomates.
>>> Par ailleurs, de nouvelles agences spécialisées devraient être créées, à l'image de CultureFrance, de l'Agence française pour le développement (AFD) ou de l'Agence pour l'enseignement du français à l'étranger (AEFE). Sous le contrôle de qui?
>>> Ce qui touche à l’international en matière de développement durable devrait dépendre de Juppé, si la logique du Pacte Hulot est respectée...
>>> Une grande inconnue concerne le futur positionnement des affaires européennes .Ce domaine est jugé essentiel au Quai, notamment dans la perspective de la présidence française de l'Union européenne, en 2008. Pourtant, (je me tue à le répéter depuis des années) les affaires européennes ne sont plus des affaires étrangères….

Plusieurs options étaient possibles, du ministère plein, tel celui que dirigea jadis Édith Cresson, au rattachement pur et simple à Matignon, voire directement à l'Élysée. C’est le sens du secrétariat d’Etat qui doit être confié à Jean-Pierre Jouyet. Kouchner aurait posé comme condition de « garder l'Europe », pour diriger le Quai. On lui laissera peut-être les nominations d’ambassadeurs dans les pays européens… Il semble sûr que l’Europe dépendra d’abord de l’Elysée, et notamment du « sherpa » Jean-David Levitte, pur et bon produit du Quai.

Cet expert à sang froid des dossiers internationaux, diplomate expérimenté, s'entend bien avec Kouchner, mais leurs prises de position n'ont pas toujours coïncidé, et la marge de manoeuvre qu'aura M. Kouchner reste incertaine.
A tel point que dans les cercles proches de l’UMP où les déçus sont évidemment nombreux on évoque volontiers la brièveté du ministère des réformes confié par Giscard à JJ SS….
Le "french doctor" héraut du "droit d'ingérence", a un coté sanguin, en effet. Et il n’a pas sa langue dans sa poche… Ses prises de position passionnées, que ce soit sur le Kurdistan, sur la Tchéchénie ou sur le Darfour sont sympathiques, mais la diplomatie n’est pas faite que d’effets de manche et de bons sentiments.

Qui plus est, la solidarité gouvernementale a des exigences, même sur des secteurs où les accords de fond entre la ligne Sarko et les exigences Kouchner ne sont pas évidents. Sarkozy, grand Seigneur dans la victoire, a passé l’éponge sur quelques piques de cet ami de Cohn-Bendit. Mais il ne lui en pardonnera sans doute pas d’autres…
Quelques exemples, cités de mémoire :
- La franchise sur les remboursements de soins préconisée par le candidat UMP : "hypocrite" et "très mauvaise".
- Les discours destinés à l’électorat du FN : Sarkozy est un homme qui "n'éprouve aucune honte à pêcher dans les eaux de l'extrême-droite".
- le caractère inné de la pédophilie : un point de vue "singulièrement dangereux, voire complètement irresponsable"."Quand à la fois on fait un ministère de l'identité française et on parle des caractères acquis et de l'inné génétique, on est là dans un terrain mouvant et une dérive historiquement scandaleuse"
Il est vrai que Sarkozy a une drôle de façon de vouloir « liquider l’héritage de mai 68 » en flattant Glucksmann l’ancien Mao et en engageant Kouchner, qui est resté très « soixante-huitard » dans tous les sens du terme. Même à 67 ans… Mais il ne faut pas toujours prendre au tragique la politique. Bernard aussi fait du jogging…

Son arrivée au Quai fait événement : c’est déjà réussi. Son départ précipité du même Quai ferait aussi événement : c’est peut-être déjà programmé. Surtout si Bernard en fait trop ...sans faire d’émule : Corinne Lepage, sollicitée par ses soins, pour un secrétariat d’Etat, vient de déclinée une offre assez étrange puisque le développement durable doit dépendre de Juppé…Drôle de rationalisation des secteurs ministériels! Mais pour l’heure, c’est la politique spectacle qui compte. Puisque c'est celle qui doit rapporter le plus aux Législatives.
02:30 Publié dans Notes politiques | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : ouchner, fillon, diplomatie, europe, gouvernement, sarkozy










