18/08/2007
Greenpeace, le glacier, la foule et le photographe : La massification des individus mise à nue
La chronique (pas coquine du tout) de CLIO pour RELATIO :
« Cela ne vous a pas gênée de poser nue ?
- Non. Mais le plateau était chauffé
- Vous n’avez vraiment rien mis ?
- Si, la radio… »
Ce dialogue entre Marilyn Monroe est un journaliste peu inspiré m’a toujours fait sourire. Avec une pointe d’envie. Vous pensez ? Marilyn ! J’ai l’air de quoi, moi, à coté ?... Même aujourd’hui, où sur le net certains sites font recette avec des créatures qui nous feraient oublier que « la femme est le chef d’œuvre de Dieu, surtout quand elle a le diable au corps », j’hésite à paraître nue devant des yeux étrangers.
le baiser de RODINJ’aime bien, pourtant, parfois…Enfin, cela dépend des yeux. Alors, je pense, comme Miguel de Cervantès que « Nue, je suis venue au monde et nue, je le quitterai, ce monde »…Mais non, je n’ai jamais pensé à Cervantès quand j’étais à poils devant ces yeux là! Je dis cela par pudeur, sans doute, pour habiller mon âme…Citation pour citation, je penserais plutôt à John Owen dans ces cas là : « Plus l’amour est nu, moins il a froid »…Mais quand c’est vraiment bien, je ne pense à rien. Et vous ?
Où en étais-je ? Ah ! Oui. A ceux et à celles qui posent nu (e) s devant des photographes. Et, surtout, en masse, en foule, en nombre...

Ce n’est pas du nudisme. J’ai des copines qui en font : c’est une philosophie le nudisme, pas de l’exhibitionnisme. Je les comprends les nudistes, même si je n’ai jamais accepté leurs invitations…Je n’en ai jamais parlé à mon psy, tiens. Il faut que j’y pense. Vivre à poils, c’est au poil, sans doute. Qui disait, déjà, « La nudité est l’éloquence de la chair » ? Ou « Nu ! Il n’y a de bonheur que pour les corps libérés de leurs vêtements » ? D’ailleurs, même Mahomet l’a dit (paraît-il) : « Etre nu n’est pas inconvenant ». Bas les voiles, donc ! Qui disait (encore !) qu’une femme nue ne cache jamais son visage ? Moi, cela m’est arrivé : pour cacher des larmes…Mais çà, c’est encore une histoire pour mon psy, pas pour une chronique « européenne ».

Européenne ? Mondiale, même… Vous pensez : le réchauffement de la planète, le climat détraqué, la fonte des glaces et des glaciers ! J’ai vu une photo d’Angéla Merkel au Groenland : elle était bien couverte, engoncée dans des vêtement chauds. Logique. Quand il fait froid, on se couvre. Encore que…l’amour chez les Esquimaux ? Hors sujet.
Heureusement, on peut se montrer sans être nue. Elle est allée au pôle nord pour juger « sur pièces » de la fonte de la banquise, la Chancelière. Si elle cherchait à faire un « coup de com’ », (comme dirait Sarkozy), c’est raté : le « SOS planète » dont on parle partout en ces jours d’août (où l’on ne sent guère le réchauffement de la planète) vient des Alpes suisses, du Valais. Un SOS lancé sans cor des Alpes, mais avec des corps comme l’étatsunien Spencer Tunick , champion toutes catégories des « performances » plus sportives qu’artistiques, adore les saisir. Photos de groupes avec croupes à l’air !
Le glacierA poils sur les glaciers, les militants et les figurants de Greenpeace ! Chauffe, Marcel : C’est pour le bien de l’humanité. Qui va prendre une sacrée dégelée si cela continue ainsi… Pensez donc : le glacier d’Aletsch, protégé par l’Unesco, donc classé dans son « patrimoine de l’Humanité » a reculé de 115 mètres en un an. A poils, la caillasse ! Plus d’habit de glace !

« La fonte des glaciers est un signe indubitable des changements climatiques planétaires », écrit Greenpeace. « Si le réchauffement du climat de notre planète continue ainsi, en 2080, de la pierraille aura remplacé la plupart des glaciers. Durant les 150 dernières années, les glaciers alpins ont perdu près du tiers de leur surface et près de la moitié de leurs masses ». 150 ans ? Mon scooter n’est donc pas responsable de tout. Pardon : ce n’est pas un sujet de plaisanterie. Surtout que j’ai (mais oui !) un coté « écolo » qui épate mes copines…
A MexicoMon problème, c’est le lien entre le climat qui se réchauffe et ces corps en masse qui se gèlent (ce que vous voudrez). Je sais qu’il existe un Centre pro-natura réputé à proximité. Mais cela n’explique rien… Le contraste entre l’individu démuni et l’ampleur du défi à relever ? La faiblesse d’individus sans protection face à l’une de coulées les plus impressionnantes d’Europe ? La vulnérabilité du corps humain face à notre environnement ? De cela aussi je devrais parler à mon psy…
Greenpeace expliquait avant l’opération (le prise de nus) : « L’installation symbolise la vulnérabilité des glaciers et la fragilité du corps humain. Les photos de cette installation doivent émouvoir la population et la motiver à agir maintenant contre les changements climatiques. Mettez-vous à nu pour protéger le climat! »

Greenpeace ajoutait : « Spencer Tunick est connu pour ses installations de personnes nues. Il qualifie ses oeuvres de «sculptures vivantes» ou de «paysages corporels». En collaborant avec Greenpeace, Spencer Tunick aimerait témoigner de la beauté et de la fragilité de notre planète. Et nous rappeler que nous devons aller de l’avant et agir en prenant des décisions courageuses! » Ah !bon…En quoi le fait d’être en masse à poils nous fait « aller de l’avant » ? En quoi, participer, numéro parmi d’autres numéros, à une opération publicitaire est un « acte courageux » ? La contestation à poils est à la mode, je sais. Et ces manifestations ne sont pas toujours ni belles ni drôles, surtout quand leur « message » se veut politique. « L’exploitation de l’homme (et de la femme) par l’homme » commence souvent par des mises à nu humiliantes…

Il faut dire que, personnellement, j’ai un problème de fond avec certaines des photos de Spencer. Devrais-je aussi en parler à mon psy ?... Ces foules de gens à poils me font irrésistiblement penser aux photos noir et blanc de la tragédie des tragédies, à ces photos de l’indicible, à ces clichés des camps d’extermination.
Curieux constat dans une chronique qui se veut coquine et légère. Mais que voulez-vous ? « La peau c’est la profondeur », disait Paul Valéry, l’un des auteurs préférés de Daniel Riot. Celui-ci ajouterait sans doute, dans ce contexte, le mot d’un auteur dont j’ai oublié le nom : « l’individualisme de masse que nous connaissons conduit à une massification de l’individu »…

Je suis certaine que les grands communicants de Greenpeace n’ont pas songé à ces effets pervers de leur expédition dans le Valais. Au moins dans ma tête… Mais je suis sûre de ne pas être la seule à réagir ainsi.
Le nu, oui. L’art en a vécu, en vit et en vivra longtemps. Même si tous les nus ne sont pas à porter aux nues… Mais les images sont souvent prisonnières d’autres images. Glaçantes, au bout du compte, ces images d’une foule nue sur le glacier. Comme d’autres prises par Spencer Tunick en d’autres lieux, y compris dans du chocolat (blanc) à Bruges (ci-dessous)…L'individu marchandisé, bestialisé, chosisé.Négation de la personne. De l'art? Certains le disent...

Ce qui contrarie la légèreté de l’esprit, c’est la glaciation des âmes dont l’humain est capable. J’étais pourtant partie pour écrire une chronique pleine de sourires. Mille excuses. Pour cette fois, j’ai dû rhabiller mes coquineries…
Clio
DES PHOTOS DE FOULES A LA MASSE >>>>>
21:45 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : actualité, greepeace, environnement, suisse, ecologie, climat, photographie
17/08/2007
L’Europe coquine : Et les têtes (pensantes) des « fesses chics » ?
La chronique de CLIO pour RELATIO : « Le femme est une fleur, la plus faible de la nature, mais une fleur pensante »…
Si Pascal (à Dieu ne Blaise) avait oublié l’homme et son roseau, peut-être sa boutade aurait-elle eu le même effet que le nez de Cléopâtre en plus court sur le vie du monde…Allez savoir !
Mais Pascal s’il a bien inventé la brouette (ce qui reste à prouver) en était resté à la position du missionnaire : la femme est faite pour le plaisir de l’homme et pour le péché, non pour la pensée… L’une vient de Venus et l’autre de Mars, que voulez-vous ? Rodin a fait un Penseur, non une Penseuse...
"Ainsi l'homme est si malheureux, qu'il s'ennuierait même sans aucune cause d'ennui ", disait le même Pascal. Alors, que ferait-il sans nous, l'homme ?
Allô Nietzsche ? Ici Lou… Est-il vrai que «Le bonheur clé l'homme dit : «Je veux» et le bonheur de la femme dit : «Il veut» et que «L'homme est fait pour la guerre, la femme pour le repos du guerrier.» ?

Si je délire ainsi c’est parce que je viens de lire le NouvelObs de cette semaine. Cet hebdo qui m’a fait grandir avec Brétecher me fait encore plus rire l’été que durant les autres saisons… Grand titre de la semaine : « Les philosophes et les femmes ! » C’est dans la droite ligne du débat sans fin « refondez la gauche », sans doute…
Franchement, je n’y ai pas appris grand-chose. Même Michel Onfray qui d’ordinaire sait extraordinairement parler beaucoup pour dire peu enfonce des portes ouvertes, comme si le sujet lui coupait la chique…

J’ai lu une jolie perle aussi à travers une question à Frédéric Pagès sur « Comment expliquez-vous cette résistance a la mixité de la philosophie ? »: « On peine à citer le nom de philosophes femmes, hormis Beauvoir, Simone Weil et Hannah Arendt... qui du reste n'en sont pas, à strictement parler. » Des femmes ou des philosophes, « à strictement parler » ?
Frédéric Pagès, l'auteur de «Philosopher ou l'art de clouer le bec aux femmes» (Mille et Une Nuits), qui veut en finir avec « la dictature des fumeurs de cigares de la Sorbonne (comme si les femmes, à strictement parler, étaient incapables d’apprécier et de fumer le cigare), n’a pas réagi. Prise de court, le bel esprit…
Il s’en est tiré par un petit historique (contestable) :
« Il existe peut-être une autre manière, plus féminine, de faire de la philosophie, qu'on trouvait déjà dans la Haute Antiquité sous les traits de quelques Aspasie et autres Hypathie éduquées à la dialectique, et qui resurgit aux XVIIe et XVIIIe siècles dans les cercles de discussion et les bureaux d'esprit dominés par les femmes. Ce n'est qu'ensuite, au XIXe siècle, qu'on attribue à ces lieux d'échange le nom péjoratif de «salons», et que se perd l'héritage du rôle qu'ont joué les femmes dans la culture. »
L’Obs réussit même l’exploit de nous offrir un « bêtisier » qui, au nom de la mise à l’index du machisme va donner du grain à moudre (encore) aux mecs les plus ringards « qui oublient de penser » même quand ils sont intelligents. Nous n’avons vraiment « aucune génie », nous les femmes, ces « mâles avortés », comme disait Aristote…

Mais oui, Joseph de MAISTRE : «Les femmes n'ont fait aucun chef-d'oeuvre dans aucun genre.»…
Mais bien sûr, Mister SCHOPENHAUER : «Ce qu'on appelle à proprement parler la «dame européenne» est une sorte d'être qui ne devrait pas exister. Il ne devrait y avoir au monde que des femmes d'intérieur, appliquées au ménage et des jeunes filles aspirant à le devenir, et que l'on formerait non à l'arrogance mais au travail et à la soumission.» Pourtant Adorno s’interrogera : « La femme elle-même n'est-elle pas le produit du fouet ?»
Je n’insiste pas, le « castrat » que j’ai le malheur d’être (pour mon plus grand bonheur, je dois dire…) se console en relisant ce constat d’échec de Freud qui est celui de (presque) toute l’humanité « mâle » : «Après trente ans passés à étudier la psychologie féminine, je n'ai toujours pas trouvé de réponse à la grande question : que veulent-elles au juste ?».
Mais rien Sigmund, sauf …philosopher ! Dommage que le Nouvel Obs n’ait pas songé à reprendre cette « pensée de Pascal » dans son dossier : « Se moquer de la philosophie, c’est vraiment philosopher. »

Heureusement, le même NouvelObs nous fait sérieusement réfléchir avec sa rubrique « estivale » : «Des Fesses chics » dans la rubrique (lubrique ?) « les plus belles nues »…Voilà de la vraie philosophie, où la femme sujet redevient objet,œuvre d’art. et est portée aux... nues. Elle redevient objet de désirs et fruit de mâles pensées qui n’ont que peu de liens avec la Philia. Mais c’est, aussi, de la Cul-ture…

Cela dit, j’adore aussi les photos de Guy Bourdin. Qu’une « fesse chic » le fasse découvrir (ou redécouvrir) est une œuvre pédagogique : Bourdin est l’un des traits d’union entre peinture et photo. Mais les hasards des « chemins de fer » des journaux sont tout de même parfois étranges : une femme acéphale dans un numéro sur les femmes et la pensée, c’est une vraie provoc’, non ?
« D'une paire de fesses, Bourdin a su donner une leçon d'images », souligne, en esthète pensant, Bernard Géniès. Dans le contexte du Nouvel Obs de cette seamine, c’est une leçon de (non) sens. Les institutions européennes se battent pour que l’égalité concerne les femmes et les hommes. Que d’efforts encore à déployer ! Le Nouvel Obs (qui fait nettement mieux pour la « défense et illustration » des femmes) va peut-être faire un numéro sur les femmes à « fesses chics » ET à tête choc …
CLIO
Toutes les photos de cette note sont évidemment signées Guy Bourdin
22:42 Publié dans SELECTION RELATIO | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : femmes, sexes, philosophie, presse, photographie, mode












