09/11/2006
Carnet de campagne: Leçons du PS et de l'UDF... et de De Gaulle
Qui porte la Croix de Lorraine ?
Nicolas Sarkozy brille tellement que même ses absences se remarquent… Il n’était pas à Colombey-les-deux Eglises. Mais De Gaulle, « l’homme de toutes les ruptures », comme il aime à dire, a inspiré le discours qu’il devait prononcer ce soir à Saint-Etienne sur le travail et sur la mondialisation. Une ITW dans les Echos, ce matin, a donné le ton… sans apporter beaucoup de nouvelles idées . Mais comme (c’est bien connu) les commentateurs politiques ont « mauvais esprit », ils ont entendu, depuis Colombey; les oreilles de Sarkozy siffler…

Derrière les mots qu’il sait trouver quand il parle du Général ("Un visionnaire animé par un infini courage", "un combattant", "un bâtisseur"...), par-delà les formules de circonstance pour cet "hommage de la Nation au général de Gaulle", un homme qui a "inversé le cours de l'Histoire", le Président de la République a insisté sur le fait que De Gaulle a "donné à la France ce qui lui manquait depuis des décennies : une remarquable solidité institutionnelle".Et il a mis en garde : « À ceux qui aujourd'hui, par ignorance ou par calcul, voudraient ébranler cet édifice, je dis : mesurez toute l'irresponsabilité qu'il y aurait à brader ce qu'il y a de plus solide dans nos institutions. Jamais la Constitution de la Cinquième République ne fut un obstacle à la modernisation de la France : depuis 1958, c'est elle qui la rend possible, face aux conservatismes et face aux extrémismes ».
Comme il a rappelé avec des accents dignes d’un discours… de candidat aux Présidentielles quelques principes que… Sarkozy (en dépit de son passé de militant de l’UJP) donne parfois l’impression d’oublier (devant le Medef, à Washington, dans ses interventions « économiques », « diplomatiques » ou « stratégiques »).

Extraits :
« Le Général de GAULLE sait aussi qu'à tout moment, en France, de nouvelles Lignes Maginot peuvent s'édifier. Il a voulu que la France prenne résolument la voie du progrès. Après avoir sorti le pays de l'impasse algérienne, il sait que la France doit se porter aux avant-postes du monde nouveau. À l'ère industrielle, elle doit être industrielle. À l'ère de la compétition, elle doit être compétitive. À l'ère de la science, elle doit être à la pointe de la recherche.
Plus que jamais, cette ambition qui fut la sienne et dont nous avons hérité, est une exigence pour la France. Face aux évolutions du monde, face à une compétition exacerbée entre les nations, c'est dans cet esprit que j'ai souhaité que la France se donne une politique de recherche et d'innovation, une politique industrielle à la hauteur des défis qui doivent être relevés.

Et puis, le Général de GAULLE nous a laissé ce message, comme un repère fondamental : la France se doit de s'affirmer face aux bouleversements du monde. La France a une singularité. La France a un message : face à ce que nous appelons aujourd'hui la mondialisation, elle doit porter haut les valeurs universelles sur lesquelles elle s'est construite. Pour cela, elle doit avoir les moyens de sa propre sécurité et de son indépendance : c'est tout le sens du choix qu'a fait le Général de Gaulle de la dissuasion nucléaire. C'est dans cet esprit que j'ai placée cette dissuasion nucléaire avec la professionnalisation de nos armées, au cœur de la modernisation permanente de notre politique de défense.
Le Général de GAULLE, c'est aussi le refus d'un univers dominé par la confrontation des blocs. L'écho puissant de sa voix, à Moscou, à Phnom Penh, à Mexico, résonne dans nos mémoires. C'est dans le prolongement de cette conception que j'ai voulu construire la réponse de la France à la mondialisation : la recherche d'une gouvernance mondiale fondée sur des valeurs partagées, au premier rang desquelles le caractère sacré de la dignité humaine, qui ne saurait tolérer aucune exception ; le respect des peuples, indépendants et souverains ; le refus de l'usage unilatéral de la force dans un monde qui doit être régi par le droit et par la solidarité ; la diversité conçue comme une richesse ; le refus du choc des civilisations et la nécessité du dialogue des cultures. »
Une leçon de « gaullisme », en fait. Pour une UMP qui oublie (un peu trop) que ce mot recouvre, entre autres, « une certaine idée de La France » et une dimension sociale.
La stratégie économique de Bayrou
Intéressant, le colloque de l’UDF sur l’économie. Les chefs d’entreprise (qui majoritairement selon les sondages « ciblés ») comptent votent majoritairement Sarko et un peu DSK apprécieront sans doute sa détermination de cultiver cet « esprit d’entreprise » qui doit effectivement être soutenu davantage si l’on veut relancer la croissance au bénéfice d’une réduction du chômage et d’une augmentation du pouvoir d’achat. Et d’une amélioration de la qualité de vie.

On peut dire ce qu’on veut (et penser ce qu’on veut) sur Bayrou, mais une chose est sûre : le système udf des colloques, des appels à contribution des militants et des rencontres à tous les niveaux permet un travail en profondeur sérieux que l’on ne trouve pas dans les « grands partis » qui se partagent le pouvoir, en alternance ou en cohabitation, depuis que les « 30 Piteuses » ou succédé aux « 30 Glorieuses ». Par une conjoncture qui ne doit pas tout ...au hasard. Bayrou l’a reconnu : « il a mis longtemps » pour trouver son « chemin ». Tout lui a servi, y compris son passage au gouvernement.
Cela dit, il est loin d’avoir gagné son pari, ce biographe de Henry IV qui se fait port-parole du « tiers état » de notre temps… Dure-dure, la politique !
Les échecs de Sarkozy en chiffres…
Dure-dure, surtout, la réalité. Ou plutôt, certaines réalités… Celles du dernier rapport de l’Observatoire des ZUS, des zones urbaines plus marquées par des « tatouages sociaux » que par de vrais progrès. Ce rapport est un vrai constat d’échec que Sarkozy devrait méditer. Il est de « vraies ruptures »… avec soi-même qu’il faudrait savoir faire. Comme celles qu’à réussi à faire Bayrou…
Sarko incarne en fait une démarche systématiquement opposée à celle de Bayrou. D’un côté, l’ambition de conquérir le pouvoir. De l’autre, celle de bien exercer un pouvoir éventuel. Mais coté PS, n’a-t-on pas un peu la même ligne de partage ? Royal d’un coté, DSK de l’autre… Avec un Fabius qui aurait pu faire la synthèse des deux… sans son souci de paraître tellement de « gauche » qu’il en est devenu … maladroit.
Téléphone, internet et « bistrots du coin »
OUl ! Le meeting de ce soir à Toulouse marque la fin de la « primaire » socialiste ouverte au "public" et aux sympathisants, influents dans les sondages. Mais la bataille continue continue, plus souterraine. Chacun va poursuivre ses déplacements à la rencontre des adhérents, et ses meetings. Et dans toutes les sections, d'autres débats s'organisent à huis clos pour présenter les candidatures, chacun des prétendants étant représentés au niveau local ou par un proche.

Mardi, après des semaines de discussion, les dirigeants du parti réunis en bureau national se sont mis d'accord sur le corps électoral : 218 711 adhérents du PS, nouveaux et anciens, en "règle", pourront voter le 16 novembre, ou le 23 en cas de second tour. Alors, tout est bon : le téléphone, Internet et les « bistrots du coin ». Du démarchage classique et moderne.
Un regret, même si cela répond à une logique qi se comprends : A la différence de l'Italie, où les sympathisants avaient été appelés à voter, le choix ultime reste du ressort des militants. Mais comment recenser des « sympathisants ». ?
Un constat : l’ironie affichée (à l’UMP, notamment) sur ces débats internes est mal placée. Dans la vie des partis, cette « primaire » a constitué une belle leçon de « démocratie interne ». Le PS a eu le mérite d’ouvrit une voie nouvelle. Plus riche d’espérance pour l’avenir que les « combines de comptoirs ou de restos » qui jusqu’ici régissait (avec des AG, des réunions de bureaux, des conciliabules d’états-majors plus ou moins bien préparés) la vie des partis.
Le système est perfectible, sans doute. Mais, en termes de fonctionnement démocratique, le PS marque incontestablement de sérieux points. Hollande pourra s'en montrer fier.

S’inspirer du PS pour la forme et de l’udf pour le fond, ce sera un impératif pour l’avenir des formations politiques. Ce qui n’est évidemment pas incompatible avec le « labourage de terrain » que tous pratiquent depuis longtemps, et … ce sens du « marketing » médiatico-médiatique indispensable même si celles et ceux qui y excellent le plus ne sont pas forcément les meilleurs…Hélas ! Mais c’est la vie.
De ces constats, je tire une leçon. Les critiques et les blasés de la politique ne se rendent pas suffisamment compte de la chance qu’offre la « démocratie ». Trop de gens projettent dans le « désenchantement » politique et dans le dénigrement due la politique leur propre désenchantement et leur auto-dénigrement. Dommage. Mais les « démocrates » d’Athènes faisaient déjà les mêmes constats. Avec les mêmes regrets. Une chose ne change pas en profondeur: la nature huamaine.
21:35 Publié dans Présidentielles 2007: carnet de campagne | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : poplitique, présidentielles, chirac, sarkozy, barou, PS, Royal










