26/03/2007
La déclaration de Berlin dans la campagne présidentielles :réalisme et esprit de responsabilité chez François Bayrou

Sarkozy est enthousiaste ! Histoire de montrer que son nationalisme hurlé n’est pas incompatible avec l’idée européenne et de rassurer ses alliés venant du centrisme mou qui ont bien besoin de quelques lots de consolation…. Son européanisme a besoin d’être chanté en effet pour tenter dissiper bien des doutes et de lever bien des ambiguités…
Commentant l'engagement pris à Berlin par les 27 membres de l'UE de "remédier à l'urgence institutionnelle avant les élections européennes de 2009", M. Sarkozy a affirmé : "C'est un engagement très fort qu'il faudra tenir.(...) Cette Europe, qui a su grandir dans le respect des identités nationales, est notre horizon et notre destin". 
Objectif 2009 pour l'UNION; Objectif été 2007 pour Sarko...
S'il est élu, M. Sarkozy soumettra cet été au Parlement un "traité simplifié", un « mini-traité », sur l'Europe. Champion, Sarkozy ! Un traité cela se négocie avec des partenaires (qui se donnent jusqu’en 2009), cela ne se décrète pas unilatéralement. Et en termes de démocratie, c’est étonnant (pour le moins) de voir un prétendu héritier du gaullisme corriger par un vote parlementaire ce qui a été rejeté par referendum… C’est beau le pouvoir personnel ; ce n’et pas une élection présidentielle qui se joue, c’est un plébiscite…
ROYAL attend ... de savoir ce qu'en pensent les Français
Ségolène Royal, elle, n’a rien encore dit en ce dimanche soir, sur la déclaration de Berlin. Elle attend de savoir ce que les français en pensent peut-être. C’est beau la démocratie « participative »…à la sauce Royal. Peut-être aussi fait-elle sonder par son équipe stratégique (qu’elle n’a jamais réunie) les socialistes qui sont les premiers responsables du NON au référendum, ce NON que tous les « nonistes »revendiquent comme LEUR victoire, de Le Pen et de De Villiers à nos alter-trotskystes en passant par Buffet, Chevénement, Fabius et quelques autres …

Mais cela ne doit pas gêner Ségolène qui dit une chose les jours pairs et son contraire les jours impairs. D’ailleurs, elle apprend les paroles de La Marseillaise qu’elle fait jouer et chanter mais qu’elle n’a pas encore chantée tout en reprochant (comme Le Pen l’avait fait lors du triomphe des Bleus en coupe du monde)aux sportifs de haut niveau de ne pas la chanter… Elle cherche une nouvelle manière de purifier le « sang impur », comme elle l’avait fait déjà devant Mitterrand qui lui avait donné une leçon d’histoire…
Pardon pour cette longue parenthèse, mais voir Ségolène courir après Nicolas qui court après Le Pen me donne de la fièvre... Je reviens à l’essentiel du jour : la déclaration de Berlin.
Un beau texte... qui ne tranche et ne résoud rien
Bayrou, qui n’a pas besoin de faire des moulinets pour montrer qu’il a l’Europe chevillée au corps et au cœur a, selon trop de commentateurs un peu superficiels « critiqué implicitement » la déclaration des 27 ! Faux. Il a fait preuve d’esprit de responsabilité. N’a-t-il pas raison de souligner que ce type de déclarations « adoptées à l'unanimité » sont « généralement des déclarations pour ne pas dire grand-chose » ? Ces déclarations ne valent que si tous les signataires les interprètent de la même manière. Le projet de traite portant constitution pour l’Union européene aussi avait été signée par tous les chefs d’Etat et de gouvernement… Qui plus est la Déclaration de Berlin n'a aucune valeur contractuelle.

Bayrou ne l’oublie pas et ne s’enflamme pas. Il a appris le réalisme en lisant Schuman et Monnet. Il sait que l’audace n’est pas dans les effets de manche et l’autosatisfaction. Surtout quand comme lui, et contrairement à Sarkoz(plus cynique que pragmatique)il a pris l’engagement de soumettre le nouveau texte aux Français par referendum. Ce qui est logique et moral. Ce qui est aussi la marque du courage et de la confiance en une pédagogie citoyenne
"Réconcilier les Français et l'Europe"
Pour Bayrou, "l'Europe sera relancée quand les Français seront réconciliés avec l'Europe". On en est loin. Et ce ne sont pas les discours de Sarkozy et de Royal sur « l’euro fort », contre la banque centrale et contre la bureaucratie bruxelloise qui arrangent les choses.
Il a fait valoir que le destin de la France et le destin de l’Europe allait dépendre en grande partie du résultat de l’élection présidentielle. C’est là une évidence. On ne sortira ni la france ni l'Europe des ornières dans lesquelles elles sont sans un Président qui est "Européen" par le coeur, par la raison et par un sens aigu des enjeux historiques.
Interrogé sur la date d'organisation d'un référendum sur l'Europe s'il était élu président, M. Bayrou a répondu : « Quand on aura un texte crédible, et à mes yeux un texte crédible est un texte simple, court, compréhensible par tout le monde et qui traite de la seule question qui compte : comment élabore-t-on une décision et quelle est la place des citoyens dans l'information et la décision que l'Europe prendra ? » 2009 est une échéance plus raisonable que ...l'été prochain!

Coup de chapeau à Mme Merckel
Cela dit, Bayrou apprécie comme il se doit les orientations définies dans ce texte qui fera référence, car comme l’écrit le Président de la Fondation Schuman, Jean-Dominique Giuliani (dans un texte repris sur RELATIO) il s’agit d’un «très beau texte ». et un joli coup de chapeau doit être donné à Mme Merckel. Mais nous n’en sommes plus à juger de la qualité d’un texte, mais du fond des réponses qui seront données aux questions posées.
Ce texte a trois mérites :il laisse la porte ouverte à un accord, à un recollage des morceaux cassés, il maintient l’essentiel de l’esprit du projet de Constitution adopté par la grande majorité des pays et des peuples européens et il met l’accent sur quelques préoccupations et quelques priorités qui figuraient déjà dans le texte rejeté par les Français et les Néerlandais mais qui avaient été délibérément mal interprétées, ignorées, minimisées par les partisans du NON, notamment la volonté de s’attaquer ENSEMBLE aux effets pervers de la globalisation de l’économie, de défendre ENSEMBLE les droits de l’homme, de lutter ENSEMBLE pour une égalité effective entre les hommes et les femmes, pour concilier ENSEMBLE réussite économique et solidarité sociale.

C’est donc un beau texte sur les finalités, mais tout reste à faire sur les modalité. La réaction prudente de François Bayrou est donc la plus pertinente et la plus responsable de toutes celles qui ont été à cette heure enregistrées…
Je ne dis rien ici sur les réactions des extrêmes. Elles relèvent d’automatismes non de réflexions. Cela n’est pas nouveau et ce n’est pas la dernière fois. De cela aussi Bayrou a pleine conscience.
Daniel RIOT
Ce que ne dit pas la déclaration de Berlin
Voici ( repris sur le NOUVEL OBSERVATEUR) les points sur lesquels la "Déclaration de Berlin" adoptée dimanche 25 mars par les 27 chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne pour le 50e anniversaire du traité de Rome, reste silencieuse ou imprécise.
CONSTITUTION
La présidence allemande l'avait promis: le mot ne sera pas prononcé. Le texte souligne la nécessité de négocier un nouveau "traité" d'ici 2009. Le rejet par les Français et les Néerlandais de la Constitution en 2005 rendait difficile la reprise du concept de "constitution", alors que plusieurs pays de l'Est de l'Europe se montraient aussi réticents. Tout le monde est d'ailleurs d'accord pour que le terme Constitution soit absent du nom du futur traité.
LES RACINES CHRETIENNES
Aucune mention des "racines chrétiennes" ou "judéo-chrétiennes" du continent, au grand dam du pape Benoît XVI, mais aussi des dirigeants de plusieurs pays comptant de fortes populations catholiques, comme la Pologne, l'Italie ou le Portugal. La chancelière Angela Merkel, fille de pasteur protestant, voulait cette mention, mais a confié y avoir renoncé pour éviter un blocage, face à l'opposition de pays comme la France et la Belgique.
EUROPE SOCIALE, MONDIALISATION
Alors que les Français et les Britanniques divergeaient sur l'existence et la nature d'un "modèle social européen", Mme Merkel a trouvé une formulation de compromis: Le "modèle européen concilie réussite économique et solidarité sociale". Le marché unique et l'euro nous rendent forts. Nous pouvons ainsi maîtriser, dans le respect de nos valeurs, l'internationalisation croissante de l'économie".
ELARGISSEMENT
Certains veulent poursuivre l'élargissement de l'UE, d'autres estiment que l'Union a touché les limites de sa capacité d'"absorption". Le compromis trouvé est le suivant: "L'Union européenne continuera à se nourrir à la fois de son ouverture et de la volonté de ses Etats membres d'approfondir son développement interne."
SIGNATURE
Certains dirigeants européens ont déploré que la "Déclaration" ait été seulement signée par la présidente en exercice du Conseil européen, Angela Merkel, par le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso --au nom des deux pouvoirs exécutifs de l'UE-- et par le président du Parlement européen, Hans-Gert Pöttering. D'autant qu'ils sont tous trois membres du Parti conservateur européen PPE. Mais Berlin a argumenté que la signature au nom des trois pouvoirs de l'UE renforce le poids de la "Déclaration" et que celle-ci n'a par ailleurs pas de valeur contractuelle.
(liste non exhaustive)
01:50 Publié dans Edito | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, france, préésidentielles, bayrou, sarkozy, royal










