06/11/2007

Le semestre de Sarkozy:L’urgentiste, la cigale frimeuse et le "choc de confiance"

EDITORIAL: Six mois. « Le temps s’en va, le temps s’en va, Madame, le temps, non mais nous nous en allons »… Ronsardien, Sarkozy ! Il a raison. « Cueillons dès aujourd’hui les roses de la vie ». C’est ce qui est appréciable et le plus apprécié chez lui. Il sait maximaliser son temps en se jouant de l’espace. En donnant au temps l’épaisseur que seule l’action peut donner et en occupant l’espace qui compte le plus aujourd’hui dans le paysage politique: le « médiatique ». « Je me montre, donc je suis » : Descartes 2007…

Problème : autant un chef de gouvernement doit faire face à toutes les urgences, le « nez dans le guidon », autant un chef de l’Etat (même en république monarchique) devrait pour inscrire son action dans des perspectives d’avenir prendre de la hauteur (non de l’altitude) et de la distance (non de l’éloignement) par à rapport aux événements qui restent « l’écume des choses ». Sinon, il prend un risque, chargé de périls, qui est l’un des pièges majeurs des « décideurs « ne cette ère de « zappanthropie » aiguë : « A force de sacrifier l’essentiel à l’urgent, on oublie l’urgence de l’essentiel », selon l’excellente formule d’Edgar Morin.

En six mois, quoi de changé ?

>>> Un style de Présidence ? C’est sûr. Et c’est dans la logique du changement de régime (mais oui !) provoqué par un quinquennat et  un calendrier électoral décidés …sans réflexions insuffisantes. « Réfléchir », en politique, c’est d’abord savoir anticiper et imaginer toutes les conséquences, directes et indirectes de ce qui est  ou n’est pas décidé… Et « parler », quand on dirige un pays, ce n’est pas que  débiter des mots avec tous les risques de dérapages, de tics verbaux et de contradiction que cela comporte, c’est porter une Parole. Nuance…

>>> Une tonalité politique ? C’est frappant. « Les choses ont commencé à changer, et ce n’est pas fini », sourit Sarkozy. Mais le mot « ouverture » est pipé. Inadapté dans ce qui est d’abord du « débauchage individuel » bien ciblé (qui permet à Sarkozy de pomper les idées et les forces du Centre Central de Bayrou plus que celles d’un PS toujours écartelé).

Il est évident que les « conservatismes » auquel prétend s’attaquer Sarkozy sont autant de gauche que de droite, même s’ils se manifestent différemment. Il est clair aussi que les clivages droite/gauche sont dépassés. Tout locataire de l’Elysée aurait tenté de faire « bouger les lignes ».

Nous sommes dans une période politiquement tectonique. Sarkozy s’y adapte plus qu’il innove. L’essentiel est affaire de tempérament et de vertige métaphysique. Relire « L’homme pressé » (le livre de Paul Morand, non la chanson de Noir Désir)

>>> Un activisme diplomatique ? C’est incontestable. Même si, quand on suit bien les choses, une Angela Merkel, par exemple, fait plus et mieux en faisant moins de « bruit » (c’est d’ailleurs ce que Sarkozy ne supporte pas chez elle…).

Oui, l’Union est sortie de l’ornière institutionnelle grâce à l’alchimie d’un traité « simplifié » qui  plus… compliqué que le projet de traité constitutionnel … édulcoré.

Oui, les relations transatlantiques se sont assainies parce que Sarkozy (quoi qu’en disent ceux qui lui font des procès en « américanisme ») a conscience que ce ne sont pas les Etats-Unis qui sont trop puissants, mais l’Europe qui ne l’est pas assez…

Oui, ses intuitions méditerranéennes et euro-africaines sont bonnes, mais il n’a pas (encore) opéré les « ruptures » franco-françaises qui s’imposent. Pourquoi ne pas « européaniser » davantage ses démarches ? Il est des conservatismes à combattre … à l’Elysée !

>>> Des réformes ? Oui, Mais... En dehors du « paquet fiscal » qui ne va guère dans le sens de l’intérêt général, quelles sont les réformes (toutes menées de front) qui changent en profondeur les « choses », donc qui sont susceptibles de guérir la France de ses maux structurels ? Aucune.

Certaines (sur la recherche, par exemple) risquent même d’entraîner des régressions ou sont revues très « à la baisse ».

Les plus sérieuses (Grenelle de l’environnement) ne pourront se juger que sur les faits.

D’autres (la loi Hortefeux, notamment) sont d’une inspiration racialiste et néo-conservatrice qui (les élus UMP les plus soucieux des « valeurs » le savent bien) n’est pas conforme aux idéaux de la Résistance, de la République, des trois mots gravés sur nos frontons officiels.

Toutes seraient plus crédibles si des mesures étaient prises pour que les déficits français, les dettes françaises, les hypothèques françaises soient apurées. Sarkozy incarne bien, par ses goûts personnels cette France qui « vit au-dessus de ses moyens ».

Le malheur c’est que les victimes de ce surendettement et de ces conduites de cigales frimeuses se recrutent non chez les nantis, mais chez les plus pauvres et dans les classes moyennes qui ceux qui même en travaillant plus ne gagneront jamais assez… tant que les fruits du travail seront plus taxés que le « travail » de l’argent.

Alors ? L’ « état de grâce » est terminé. Ce n’est que temps : tous les spectateurs de la « Star Ac » ne sont pas de gogos… Et trop de communication tue la communication. Pour que l’Etat (encore à réformer en profondeur) trouve davantage de grâce aux yeux des Français et de nos partenaires européens, il importe sans doute d’en revenir aux mots : volonté n’est pas volontarisme, activisme n’est pas action,  bougisme n’est pas  réformisme,  faire savoir n’est pas savoir faire…

Dans un pays, comme dans un hôpital, les services d’urgence sont nécessaires mais pas suffisants. Sarkozy urgentiste et pompier volant, n’a pas été élu pour constituer  à lui seul un « SOS dépannage » (télévisé) .Sarko-Assistance travaille sans filet : c’est bon pour l’audimat, mais la vie d’une Nation n’est pas un reality show et ne se joue pas sur  Second Life. Le "choc de confiance" annoncé n'est pas encore amorcé.

Daniel RIOT

21/10/2007

SOS MoDem ! Epreuve de vérité pour Bayrou

A travers plusieurs articles intéressants et des forums riches en réflexions, Agoravox  vient de donner aux débats internes au Modem un relief nouveau qui peut être salutaire. Car une chose est incontestable : le MoDem tout neuf connaît sa première crise existentielles avant même de naître. Pas seulement à cause des municipales  mais en raison des ambiguïtés de son  accouchement qui ne se fait pas sans douleur

Pourquoi ?Parce que François Bayrou n’a pas pu (ou su) adapter ses actes à son discours. Parce qu’il n’a pas pu (ou su) se libérer complètement de ce qui l’a pourtant poussé à transformer l’Udf en parti du « penser libre » d’abord et du mouvement démocrate ensuite.

Une accusation grave ? Non : un constat plus qu’attristant. Mais sans doute le co-fondateur (avec Corinne Lepage) du MoDem, est-il le premier à en avoir pris conscience. C’est ce qui autorise (encore) celles et ceux qui ont cru (et croient encore) aux vertus du « premier parti du XXI ième siècle »   à ne pas baisser les bras et à ne pas « jeter le bébé avec l’eau du bain ».

Trois constats d’abord :

1) François Bayrou ne doit  son succès de la campagne présidentielle qu’à lui-même et qu’à la qualité de son programme. Je fais partie de ceux qui pensent que son résultat aurait été meilleur si plus de responsables de  structures départementales et locales de l’udf avaient davantage cru en sa victoire.

Ces « strapontins de la droite » (j’ai constaté cela très concrètement sur le terrain en Alsace, et plus particulièrement à Strasbourg) ont été militants par devoir plus que par convictions... en pensant déjà à d’autres échéances, où les notables et candidats notables font des calculs politiciens plus  personnels que collectifs. C’est humain.

Celles et ceux qui soutenaient Bayrou à fond, par partage de convictions et non par ambitions, en ont même soufferts. Et en souffrent encore. La sincérité, en politique, est suspecte aux yeux de celles et de ceux qui n’ont que des sincérités successives, simultanées ou simulées.

Faire de la politique « autrement », c’est d’abord repenser, à tous les niveaux, les relations que les « politiques » entretiennent avec le pouvoir… La réussite de Bayrou dépend d’une révolution culturelle qui n’est pas encore faite. Pour être clair, en l’état, « Cap 21 » est plus authentiquement dans la « ligne Bayrou » que l’udf. C’est bien pour Cap 21, mais c’est très triste pour l’udf…

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2) Dans sa vie privée, Bayrou (qui heureusement ne cède pas à la mode détestable de la pipolisation) est le seul des trois grands candidats à la Présidentielle à être sorti indemne de cette terrible épreuve. Mais politiquement, il est trois fois le grand cocu de l’Histoire

>>>Il aurait dû accéder au second tour sans cet étau politico-médiatique des fanatiques, de droite et de gauche,  de la bipolarisation,  si artificielle et si nocive… Ah ! Avec des si…

>>>Il a été lâché, ou plutôt trahi, par ses lieutenants qui se retrouvent aujourd’hui dans un Nouveau centre qui n’est ni nouveau ni  centriste mais qui constitue un pôle risquant de perpétuer longtemps cette bipolarisation dénoncée, les marais à girouettes et l’art du « compromis-compromission ».

Ce pôle, de surcroît, encourage les sénateurs udf à rester plus udf que modem… Avec tous les considérations financières que cela comporte. Or, un parti n’est INDEPENDANT que s’il est financièrement autonome. Le « nerf de la guerre » est aussi le muscle de la paix. Personne n’en parle beaucoup, mais ce n’est pas un hasard si Mercier, à Lyon, est si écouté : on n’est pas trésorier du groupe sénatorial sans moyens de pression.

>>>Les débauchages qualifiés d’ « ouverture » pratiqués avec talent par Sarkozy visent en fait plus le Modem en herbe que le PS en friches. Les « socialistes » recrutés étaient (presque) tous prêts à rejoindre Bayrou ou travaillaient déjà avec lui.  C’est un fait qui n’a guère été mis en relief par les commentateurs politique à la vision binaire…

3) La chance et le mérite de François Bayrou sont fantastiques : un tel d’élan populaire, autant d’adhésions virtuelles puis réelles, autant de militants potentiels. Du jamais vu en temps de paix ! Une vraie occasion historique.

Mais cette chance et ce mérite ont leurs revers. Un parti, ce doit être structuré. Avec tout ce que cela comporte. Et un nouveau mouvement intéresse d’une façon perverse deux catégories qui se trouvent (temporairement) « alliés objectifs » : les forces de résistance internes et les forces de concupiscence externes.

Les deux adhèrent officiellement à la « ligne » non par conviction, mais par calcul. Là encore, ce constat se nourrit de ce qui observable dans de nombreuses régions sur des sites internet « démocrates » et de ce que je peux observer dans le microcosme strasbourgeois.

C’est drôle, d’un certain point de vue : les plus « archéo-udf » font ouvertement le jeu des plus « néo-modem »…

« Archéo-udf » : c’est l’expression qui convient pour qualifier celles et ceux qui s’accrochent à l’udf en souhaitant … l’échec du moDem. Leur vrai pouvoir, c’est celui de nuire. Et dieu sait qu’ils en abusent…

« Néo-Modem » : c’est le mot qui convient pour désigner celles et ceux qui n’ont soutenu ni Bayrou aux Présidentielles, ni les candidats du Modem pendant les législatives, mais qui trouvent subitement chez les « démocrates » un havre avec des bittes d’amarrages à… leur service.

Evidemment, ils font cela en toute « légitimité démocratique » puisqu’ils tirent parti des onctions qu’ils pensent avoir reçues des « instances parisiennes », voire de Bayrou en personne, et des « responsables » archéo-udf locaux lesquels voient en eux un geste de la providence:ils sont susceptibles  de noyer... les espérances du moDem.

Face à ces constats de réalité, François Bayrou qui dit et redit qu’il « ne reviendra pas en arrière » peut avoir un atout décisif : pousser sa logique au bout. Avec courage.

Pour l’heure, les conditions dans lesquelles sont décidées les investitures pour les municipales ne s’inscrivent pas sur ce chemin. Un  «  fonctionnement curieux » qui , sans rappeler une certaine proximité soviétique, est  « prévu en dehors de tout cadre statutaire », note Benjamin Sauzay " Nous sommes dans le simple fait du prince". Vous avez dit "démocrate"?

Les non-réponses données aux lettres et autres messages envoyés à Bayrou ou aux "instances" ne s’inscrivent pas dans le dessin promis du destin proposé. Il ne suffit pas d’ouvrir des forums : il faut en tenir compte…Vous avez dit "démocrate"?

Que des militants, responsables et éclairés,  éprouvent le besoin de faire circuler une pétition  simplement pour rappeler le pourquoi de leur adhésion au Mouvement démocrate   a valeur d’avertissement pour le dessein même de Bayrou. Vous avez dit "démocrate"?

Que des nouveaux encartés se disent (déjà) prêts à renvoyer leurs cartes orange (j’en connais !) avec une demande de remboursement de leur cotisation pour « publicité mensongère » est beaucoup plus grave que les errements opportunistes d’un Morin qui pour l’heure n’a tiré parti de sa nomination ministérielle que pour illustrer son « degré de Peter »…

Que nombre de sympathisants n’aient pas traduits en  une adhésion programmée leur partage des idées de Bayrou est un vrai signal d’alarme : Attention une chance fantastique risque d’être gâchée ! Ni à cause de la droite, ni à cause de la gauche ni à cause de la presse, mais à cause d’une mollesse coupable et de jeux « politichiens » de centreux qui se voudraient « centristes » et d’autocrates qui se voudraient « démocrates ».

Qui parlait de « centrisme couillu » ? Bayrou en personne, il me semble. Allons François, encore un effort. Le plus décisif peut-être.Trop de temps et d’énergie déjà ont  été perdus… Mais tout peut être encore être gagné. Le courage, parfois, c’est de savoir surtout faire preuve de bon sens…

Daniel RIOT  

19/08/2007

Ces faiblesses françaises qui inquiètent l’Europe…

EDITORIAL RELATIO par Daniel RIOT : Belle cote de popularité ! La « Sarko-attitude » plait toujours aux Français. La « sarkomania » ambiante a bien résisté au creux de l’été…

Son style direct, « décomplexé », son toupet (« les vacances de Monsieur Culot », titrait, sobrement le Canard Enchaîné), son habileté à tirer médiatiquement parti de toutes les situations, son aptitude à bousculer bien des habitudes, y compris dans sa famille politique, son génie politique qui, pour l’heure, accentue le coup de vieux du PS et le désarroi de Bayrou…

Tout cela est bon pour lui. Le coq français aime son coté « Sarkonapoléon » élève de Machiavel et enfant de la télé. Même ses goûts de luxe, sa fascination du « Gotha », son coté People (pipôle) séduit.

Il n’y en a qu’un qui, dans le concert des chef d’Etat et de gouvernement, rivalise avec lui et sait se montrer à ce point omniprésent dans les médias  de son pays : Poutine, super star et super tsar !

Dans les milieux européens, on préfère ce « dynamisme » et ce « volontarisme » à l’effacement français des « années Chirac ». Et l’on est surtout satisfait de voir que, pour l’heure, son idée de traité « modificateur » est susceptible de sortir l’Union de son impasse institutionnelle. Même si cette bataille du « nouveau traité » n’est en rien gagnée…

Mais  les meilleurs amis de la France ne manquent pas une occasion de  mettre en garde ce « SuperPrésident omniprésent »  contre les effets pervers  de son hyperactivité presque maladive et son égotisme pathologique… « Arrêtes de faire des misères à Angela », lui glisse Junker, le solide luxembourgeois… « L’Europe, c’est une équipe. On n’est efficace que si l’on sait jouer collectif », lui rappelle-t-on avec ménagement ici et là.

En fait, bien des faiblesses françaises inquiètent nos partenaires. Certaines sont liées au « tempérament du manager de la France SA » : son « bougisme » extrême et sa boulimie de « résultats »  sont parfois contreproductifs.

Trop de précipitations par exemple dans le lancement de son « Euro-Méditerranée ». Euromed est à revoir, l’idée (ou plutôt le vieux rêve) d’une Union qui transformerait la Mer des mers en lac est excellentes,  mais des structures existent, des gens travaillent et, surtout, les normes européennes en matière de droits de l’homme ne doivent pas être oubliées…

N’insistons pas sur le dénouement de l’affaire des otages de la Libye… La vie sauve pour les soignants, c’est bien. Oublier qu’ils étaient victimes d’un terrorisme d’Etat, c’est moins bien. Que se passera-t-il demain si d’autres chantages odieux de ce type s’exerçaient ?

La dernière en date des « bavures médiatiques » de Super Sarko est la plus inquiétante pour la crédibilité du « sommet » français. Pourquoi avoir éprouver le besoin d’écrire à Angela Merkel pour lui suggérer de  secouer le G7 ? Comme si les deux hauts responsables ne pouvaient pas se concerter plus discrètement. Comme Si Angela faisait montre d’inconscience devant ces tempêtes boursières. Comme si pendant une telle tourmente le premier rôle des vrais responsable politiques n’était pas de tenter de calmer le jeu ». Mais Sarkozy sait plus clamer que calmer. Quel besoin  de montrer en permanence qu’il est là, à l’écoute, en Docteur miracle de la planète, en Vigie du monde… A force de privilégier le faire savoir sur le savoir faire, Sarkozy prend de sérieux risques et prête le flanc à tous les procès d’arrières pensées. 

« S’il est aussi berlusconien, c’est qu’en fait, il n’a guère confiance en lui… »,  lâche un fin connaisseur des labyrinthes  politiques et diplomatiques européens. « Mais peut-être a-t-il raison de ne pas avoir confiance… Il doit tout de même avoir conscience des faiblesses structurelles qui font que le coq français a un plumage bien terne et un chant bien trompeur. Elles viennent quand les vraies réformes structurelles, celles qui peuvent redonner à la France cette santé économique et sociale qu’elle n’a plus? »

Pour l’heure, il est vrai, la session extraordinaire du parlement a servi à mettre sur rails  des réformettes « sociétales » plus faites pour caresser dans le sens du poil l’opinion que  pour   assainir ce qui doit l’être et moderniser en profondeur des mécanismes bloqués ou enrayés.

Ici, l’on retrouve la dette, bien sûr, ou plutôt les dettes. « C’est toute la France qui est dans l’état des petits propriétaires américains dans l’incapacité de faire face à leurs créances…Le subprime d’Etat provoque un « crédit crunch » politique… Et l’optimisme officiellement affiché n’est guère justifié par les clignotants du tableau de bord de l’économie national. La « rentrée » ? Un retour obligé à quelques réalités. Les exhortations à la Guizot, (« Enrichissez vous », « travaillez plus pour gagner plus ») semblent bien illusoires...Résumons les mauvaise nouvelles d’août

>>>> Le commerce extérieur est encore plus déficitaire au premier semestre 2007 qu'il ne l'avait été un an auparavant (15,3 milliards d'euros contre 12,9),

>>>> La production industrielle a chuté de 0,3 % au deuxième trimestre.

>>>> La croissance  n'a atteint durant ce deuxième trimestre que 0,3 %. C’est  moins qu'au premier trimestre (0,5 %). C’est surtout deux fois moins que prévu. Résultat : il y a peu de chance que la croissance économique atteigne l'objectif fixé par le gouvernement : entre 2,25 % et 2,5 % sur l'ensemble de l'année.

>>> Dire que cette croissance en panne se manifeste  dans toute la zone euro ne constitue en rien une excuse : le commerce extérieur allemand s'apprête à afficher en 2007 un excédent record de 150 milliards d'euros, alors que la France risque, elle, de connaître un déficit record de 30 milliards ? Dénoncer « l’euro fort » (alors que ce sont les autres devises qui sont trop faibles, la chinois, notamment) relève de la propagande politique et de la malhonnêteté intellectuelle. D’ailleurs, c’et l’euro fort qui nous permet de ne pas avoir une factuere énergétique trop lourde…

>>> Les faits sont têtus, comme disait Lénine. Et il des constats qui sont sans appel.  Je reprends ici Le Monde : « « La  France exporte deux fois moins en Chine que l'Allemagne. C'est une des faiblesses françaises : nos exportations en dehors de la zone euro (en parts de marché détenues par les pays de l'eurozone) sont inférieures de 16 % par rapport à ce qu'elles étaient au moment de la constitution de l'Union monétaire (1999), alors que celles de l'Allemagne ont progressé de 11 %, a calculé l'économiste Eric Chaney. »

>>> Le comble, c’est que la seule réforme économique lancée cet été (rognée en partie par le conseil constitutionnel) vise à stimuler une consommation… Qui se porte plutôt bien et qui alourdit nos importations…. Il y a comme un erreur de diagnostic provoquée par un souci de « plaire »

Voilà quelques illustrations (parmi d’autres) de faiblesses structurelles qui rendent bien illusoires les belles déclarations de Christine Lagarde : « Les fondamentaux sont bons: le chômage baisse, l'inflation est totalement maîtrisée et on est sur des perspectives de croissance, si on s'en tient au moral des investisseurs et des ménages, qui devraient nous permettre d'avoir un bon troisième et quatrième trimestre ». C’est bon la « zen attitude », mais qui ne connaît pas les limites de la « méthode Coué » ?

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01/07/2007

Strasbourg: l'Histoire à musée rouvert...

Strasbourg : Plongée dans l’Histoire d’une Ville libre et humaniste , dans un musée rénové.

Fermé pendant 20 ans, le Musée historique de Strasbourg a rouvert ses portes : Des trésors sur  l'histoire de la capitale alsacienne, du XIIIe siècle aux années 1800. Sur les 200.000 objets de sa collection, le musée présente un choix de 1.650 peintures, dessins, gravures, armes, uniformes, objets de la vie quotidienne et souvenirs de grands hommes ayant marqué le destin de la métropole européenne, comme Jean-Baptiste Kléber.

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Un centre européen de l’humanisme et de la réforme : Morceaux choisis sur des figures qui ont marqué l’histoire européenne.

UN DOSSIER SUR RELATIO >>>>>>

10/01/2007

La Révolte salutaire d’Edgard Pisani

SOS politique, SOS démocratie : Plaidoyer pour une France qui

refuse  la décadence

… et veut  des  réformes dignes de ce nom

Il appartient à cette race d’hommes d’Etat qui nous font cruellement défaut. Sa longue expérience (60 ans !) de la vie publique, ses réflexions de philosophe, sa connaissances du monde,  ses talents de pédagogue et son sens aigu du « vivant », de « l’humain », des valeurs « sacrées » lui permettent de bien analyser les crises majeures que nous traversons et de suggérer des solutions susceptibles de dégager des horizons d’espérance. A 88 ans, Edgard Pisani reste un « révolté », fier de l’être. Son « Vive la Révolte », publié au Seuil, est un livre-vitamine. Comme son site d’ailleurs : http://www.vivelarevolte.com

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Un « rebelle exigeant »

« Je suis un rebelle exigeant, impatient. Paisible. Ma révolte n’est pas un rejet. Elle est une exigence et un engagement »

Révolté, mais pas « révolutionnaire ». Cet « utopiste réaliste » qui a appris à  allier « l’héroïque et le trivial » et qui sait « penser avec ses mains », c’est-à-dire penser juste pour agir bien, fait la différence. Comme Camus : «  La révolte se fonde sur la foi dans les valeurs humaines, c’est-à-dire qu’elle suppose un « oui » préalable au « non ». La révolution, elle, part de la négation absolue et se condamne à toutes les servitudes pour fabriquer un « oui » rejeté à l’extrémité des temps ».

La démocratie « ne connaît pas de lutte finale », insiste Pisani… Mais elle implique des combats permanents d’abord contre soi-même, une mobilisation citoyenne des consciences, et une éthique politique qu’il est urgent de ressusciter sous peine de subir le sort déjà craint par Paul Valéry : celui de la mort de notre civilisation. Celui du déclin chronique et du futur sans avenir. Comme l’île de Pâques ou la Papouasie, entre autres…

La fin et les moyens

>>> A monde complexe, « pensée complexe » : Comment sortir du « labyrinthe » si bien décortique par Castoriadis ? « Vive la révolte » donne des éléments de réponses. Un vrai discours de la Méthode : « Apprendre le systémique », « apprendre la complémentarité ordre-désordre », « apprendre la dialogique »… Cela n’a rien d’abstrait.

>>> A société éclatée et déshumanisée, « principe d’humanité » recouvré, comme dit Jean-Claude Guillebaud, Comment sortir des impasses de ce que Morin appelle notre « Barbarie civilisée » ?  « Vive la révolte » est d’abord un cri du coeur humaniste ou personnaliste, un hymne au « vivant » : face aux bonds en avant du « progrès-outils », face à la dictature de « l’économisme » et à la montée de « l’individualisme possessif de masse », nous oublions trop le « progrès humain ».

La finalité, c’est l’Homme : l’économie, la finance, les technosciences, les biotechnologies, l’information, la communication, l’administration, la bureaucratie … ne sont que des moyens. Il faut redonner du sens au mot valeur et de la valeur au mot sens…

>>> Au dépérissement de la politique, au dévoiement de la démocratie, réapprentissage du « vivre ensemble », du « Bien commun ». « Vive la révolte » est un vrai manuel pour tous les citoyens-électeurs qui ne veulent pas être de simples électeurs-consommateurs et a fortiori pour toutes et tous ceux qui, à quelque niveau que ce soit, aspirent à assumer des responsabilités dites « politiques » …

La politique comme médiation

La politique n’est pas jeux de pouvoirs, « divertissement », combats de Basse-Cour… Les « politichiens », comme disaient de Gaulle empoisonnent, défigurent ce qui devrait avoir un caractère « sacré » :  « Le désordre présent des jeux politiques risque de favoriser l’émergence d’une démocratie hors la loi ». De cette démocratie qui est remise en cause « parce qu’elle ne représente pas la société ». Et n’est pas qu’un mode de sélection des élites  mais d’abord une grille de valeurs. Pourtant,  « rien d’humain n’est sans doute plus grand que la politique ». Quand on a conscience qu’un responsable politique est d’abord un « médiateur » avant d’être détenteur d’un pouvoir. « Médiateur » : un mot-clef. Surtout aujourd’hui, en cette époque où les contradictions, les antagonismes, les  incompatibilités s’accumulent. Surtout dans ce monde où tout a changé et tout va encore changer. Vite.

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« Réformer en labourant profond »

En l’état, pendant que le monde court, la France piétine. « A reculons, parfois ».

*En ayant peur d’elle-même. En restant prisonnière des moules, des habitudes et des réflexes hérités d’un passé révolu. En ne sachant pas « réformer en labourant profond », c’est-à-dire en partant des besoins et des finalités : « Il faut réformer pour, non contre, en expliquant le pourquoi et le pour…qui ».

*En se contentant de réformettes, de « rafistolages », dictées par pulsions, impulsions et pressions… et effectuées dans la précipitation, puisque trop tardivement : Quand mesurera-t-on le coût du  « ne rien faire »,du « mal fait » et du « non- fait-à-temps »?

* En ne se libérant pas de ce jacobinisme hérité d’un temps où, comme il l’écrit sur son site, « Paris colonisait la province comme la France avait colonisé l’Afrique »

*En ne sachant pas donner la priorité des priorités à l’éducation-formation qui devrait être complétée par une « inducation », c’est-à-dire de méthode pédagogiques qui permettent « à chaque être de se construire  lui-même à partir de ce qu’il apprend plutôt que d’être fabriqué par ce qu’on lui apprend »

*En n’inscrivant pas ses délires législatifs dans une « vision d’ensemble » et dans une anticipation de l’avenir. « Il nous faut réhabiliter le plan comme organe d’anticipation, d’orientation et de cohérence ». Une suggestion parmi beaucoup d’autres…

L’homme politique devrait, selon Pisani, être comme le « médecin généraliste » : « il ne se concentre pas sur un  organe, mais sur tout l’organisme »

« Les adversaires sont des partenaires »

Pourquoi tant de candidats aux Présidentielles ne l’ont-ils pas lu, ce « Vive la révolte » ?

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A coté des  chantiers prioritaires qu’Edgard Pisani suggère d’ouvrir, bien des programmes semblent pauvres ou pernicieux, à commencer par ceux des deux favoris…   Il est encore temps si l’on veut que cette échéance ne soit pas, au final, un nouveau signe de déchéance.

Mais qui en campagne peut encore prendre le temps de lire des ouvrages qui font réfléchir autrement qu’un miroir et raisonner autrement qu’un tambour ?

Celui « qui ne fut jamais gaulliste mais demeure gaullien » et qui a assumé de hautes responsabilités sous de Gaulle, sous Pompidou et sous Mitterrand confie : « Strauss-Khan, hélas rejeté, et Bayrou sont les seuls à faire une vraie campagne présidentielle. Les autres confondent l’Elysée et Matignon ou le Palais Bourbon… ». Et oublient qu’en politique « les adversaires sont des partenaires »

« L’identité des volontés »

Mais ce constat ne doit en rien être interprété comme une intention de vote. « J’ai droit moi aussi au secret de l’isoloir », sourit-il en marge d’une rencontre que j’ai animée à la salle Blanche de la librairie Kléber, à Strasbourg.

Une seule certitude, formulée à travers une citation de saint Thomas d’Aquin : « La concorde ne naît pas de l’identité des pensées mais de l’identité des volontés ».Et une ligne de conduite puisée chez Erasme : « « Ne pas railler, ne pas déplorer, ne pas maudire. Comprendre ». Admirable, Pisani !

Daniel RIOT

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