10/02/2008

Strasbourg: Pour une célébration collective des "Justes" d'Europe

Par Francis ROSENSTIEL pour RELATIO

b7d433c8f4c06e943e506ccabadc0e32.jpg« Juste parmi les Nations » (en hébreu : חסידי אומות העולם, Hasidei Ummot Ha-Olam) est une expression du judaïsme traditionnel tirée du Talmud (traité Baba Batra, 15 b).En 1953, l'assemblée législative de l'État d'Israël (la Knesset), en même temps qu'elle créait le Mémorial de Yad Vashem à Jérusalem consacré aux victimes de la Shoah, décida d'honorer « les Justes parmi les Nations qui ont mis leur vie en danger pour sauver des Juifs ». Le titre de Juste est décerné au nom de l'État d'Israël par le Mémorial de0814b836d9724a8de4862ba1213b4105.jpg Yad Vashem. Au 1er janvier 2007, 21 758 Justes parmi les Nations de 41 pays ont été honorés.

Dans une chronique écrite pour RELATIO, Francis Rosenstiel, ambassadeur de bonne volonté auprès du Conseil de l’Europe, relance une idée qui, devenue projet et réalisation,  ferait honneur aux valeurs fondatrices de l’Europe de Droits de l’Homme : Que les « Justes d’Europe » soient célébrés collectivement, avec la solennité qui s’impose au Palais de l’Europe de Strasbourg. En mémoire de ce qu’ils ont  fait, bien sûr. Mais aussi en Mémoire du futur. L’esprit de Résistance, l’un des piliers de la construction d’une Europe unifiée, doit se manifester aussi en temps de paix.

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12/11/2007

Livres: Tout Jean-Pierre Vernant

318d3d8a9208cc44485bf88824864f94.jpgQuelques mois après sa mort, en janvier dernier, les éditions du Seuil ont eu la bonne idée de publier, en deux volumes sous coffret, les Œuvres rassemblées du grand historien et anthropologue Jean-Pierre Vernant. Dans cet ensemble soustitré  "Religions, rationalités, politique", on retrouve les ouvrages importants de Vernant, Les Origines de la pensée grecque (1962), Mythe et société en Grèce ancienne (1974), La Mort dans les yeux (1985)…, mais aussi Entre mythe et politique (1996) et La Traversée des frontières (2004), des livres plus personnels, dans lesquels il évoque notamment son expérience de la Résistance durant la guerre, ses engagements intellectuels. Des textes auxquels son décès confère, désormais, une valeur testamentaire. ◆ Na.C. Jean-Pierre Vernant, Œuvres, éd. du Seuil,  69 €. (repris de la Lettre aux abonnés de Telérama)

21/10/2007

ECOLES ; La journée de Môquet ou de…Guaino ?

« Alors cette lettre de Guy Môquet, vous la lisez ? »... Comment ne pas comprendre les hésitations ou les refus des enseignants de la République qui n’ont pas à subir et à faire subir à leurs élèves (en bien ou en mal) les caprices, les coups de cœur, le lubbies ou les phobies d’un Président qui a été élu pour diriger la France mais non pour jouer les maîtres de lecture, rendre la justice sous un chêne, ou imposer une morale de vie…

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L’initiative de Sarkozy pour son investiture était on ne peut plus respectable. J’ai eu les larmes aux yeux en écoutant cette cérémonie bien orchestrée par Max Gallo : les symboles nationaux ou autres n’appartiennent qu’à ceux  qui savent en prendre la mesure.  Mais pourquoi imposer ce texte, tel une page d’un catéchisme, dans les classes, le même jour à la même heure… A quand le retour à la prière matinale pour la Patrie et son chef ? « Maréchal, nous voilà …vaccinés » !

Le sentiment national (et européen) doit effectivement être développé dans les écoles. Comme les règles du « Vivre ensemble ». Comme l’apprentissage du respect de soi et des autres (y compris des différents, des « étrangers ». L’instruction civique peut et doit recouvrer toute sa place. Comme l’Histoire, base de toute culture. Comme tant d’autres disciplines abandonnées, négligées ou mal pratiquées : la récitation, le calcul mental, les analyses de texte et d’image, la grammaire, l’art du bien écrire et du bien parler, l’organisation de nos sociétés et de nos institutions. Elémentaire ? Dès le primaire…

Mais, de grâce, un peu de pudeur dans la communication officielle autour de tout ce qui fait « l’âme de la France », pour reprendre le titre du livre de Gallo qui a été tellement pillé pendant la campagne présidentielle par la « plume » de Sarkozy, Henri Guaino, ce « négro de la République » selon son dernier surnom bien trouvé !

On oublie à l’Elysée (et ce n’est pas vrai que pour l’éducation nationale ») qu’une « vérité officielle », est officielle, non véritable… Déjà, Bernard Laporte, cette caricature de « Sarkoman », a franchi la ligne jaune du ridicule en imposant la lecture de la lettre de Moquet dans les vestiaires du XV de France… Contre les Anglais, il aurait dû implorer Jeanne d’Arc, ce « gagneur » perdant !

Face  aux troubles, aux réticences et aux refus d’obtempérer des enseignants (qui ne sont pas tous « de gauche », « corporatistes », « conservateurs »), c’est la « plume » de Sarkozy qui sort son flingue.

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Mais de quoi se mêle-t-elle cette « éminence  grise »  qui fait de plus en plus tache noire sur notre tapis « bleu, blanc, rouge » ?  « Tout ça est très triste mais amène à s'interroger sur ce que doivent être au fond à la fois l'éthique et les devoirs d'un professeur dont la nation a payé des études, dont la nation paie le salaire et auquel la nation confie ses enfants », ose clamer sur RTL ce populiste qui enfile des habits de  maître à penser de la France d’aujourd’hui ?

Etre traité de « petit con prétentieux » par ce collectionneur de citations qui se prend pour un intellectuel cultivé a été pris comme un véritable hommage  par Bernard-Henri Lévy. Il a raison BHL. « Nos jugements nous jugent » redirait Paul Valéry. Et les lambris dorés du pouvoir ne transforment pas en rivière de diamants la bave des crapauds. 

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Il n’y a pas que la solitude qui peut être « poisseuse ». L’inspiration peut l’être aussi…Surtout chez des « plumes » qui ont plus de verve que de verbe, de tripes que de cervelle, de (faux) savoirs que de (vraie) culture.

Il est vrai que par rapport à d’autres « flèches » qui brillent à la Cour, Guaino l’habile, peut nourrir quelques sentiments de supériorité… « J’existe, donc je parle », dit-il. Voilà qui nous permet au moins de lui répondre : Son drame, sans doute, c’est « qu’il n'est pas assez entré dans l'Histoire », qu’il «  vit avec les saisons » et  «  ne connaît que l'éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles ». Dans son « imaginaire où tout recommence toujours », y a-t-il une place «  pour l'aventure humaine » et «  pour l'idée de progrès. » ?

Selon Yasmina Reza, le Président le juge indispensable parce qu’il est « fêlé ». Tout est dit, en effet. Ou presque. Un « fêlé » à l’Elysée, ce pourrait être drôle : le retour du fou du roi… Mais ce rôle est trop étroit pour ses prétentions : c’est en fou de la République qu’il fait (et peut faire) des dégâts. Il paraît que le secrétaire général de l’Elysée, (qui est sérieux, lui,) en a conscience. Tant mieux.

Daniel RIOT