14/04/2007
La leçon de l’avertissement courageux et lucide de ROCARD et des blocages du PS
Voter, Bayrou, c’est s’opposer à l’extrême droitisation du candidat de l’UMP et c’est faire un pari gaullien du redressement de la France par le rassemblement des Français
Michel Rocard sait ce qu’il dit. Je me souviens d’une conversation strasbourgeoise que j’avais eu avec lui voilà quelques semaines dont j’avais lancé trace sur mon Blog : « Elle ne peut pas gagner », lâcha-t-il , avec regret. Les derniers sondages sur les intentions de vote lui donnent raison, les études sur les lignes de forces de l’opinion aussi. C’est sociologique autant que politique. Même si les RG démentent les informations données par le Nouvel Obs, l’éventualité d’une élimination de Mme Royal dès le premier tour est de plus en plus crédible. Selon certaines analyses, elle n’arriverait que quatrième derrière Sarkozy, Bayrou et Le Pen. Cela fait peur effectivement ! Mais cela se comprend…
Ségolène a fait la meilleure campagne qu’elle pouvait faire, c’est-à-dire la moins mauvaise possible dans les conditions de sa sélection en interne. Le PS paye la lourde facture de deux analyses de fond manquées :
>>> celle de l’échec de Jospin (à cause du PS et non des voix perdues sur Chevénement et Taubira)
>>> et celle de la victoire du Non au référendum à cause d’un PS qui a fait pencher la balance d’une façon décisive offrant ainsi à l’ultra-gauche et à l’extrême droite une victoire que ces deux camps revendiquent en toute irresponsabilité…(Merci Fabius!)
Résultats : un programme du PS incohérent, des propositions présidentielles inconsistantes, une campagne en dents de scie, des thèmes qui ont fait le jeu d’une droitisation extrême de l’UMP, une absence totale de crédibilité économique et sociale, un grand flou sur les orientations européennes et internationales, un mystère total sur les conditions dans lesquelles elle pourrait Présider avec une majorité de gauche minée d’avance par des divisions internes… de fond. Avec une aile centriste, c’est-à-dire réaliste, constructive et porteuses de valeurs personnalistes et une aille « ultra », archaïque idéologiquement, passéiste romantiquement et dangereuse sur le plan économique donc social.

Ce n’est pas en jouant à la fois sur ses qualités de séduction féminine si bien exploitée(d’une manière sexiste même) dans les magazines pendant la campagne interne du PS et sur les réflexes machistes dont elle n’est pas été victime (et c’est heureux !) mais qu’elle a mis en avant en jouant maladroitement sur une parano cultivée qu’elle pouvait redresser la situation… Elle avait été élue par les supporters (et non les militants) du PS parce qu’elle avait réussi à faire croire (avec la complicité de François Hollande et de la plupart des responsables de Fédérations) qu’elle était la seule à pouvoir battre Sarkozy. A huit jour du premier tour, elle apparaît (et pas seulement dans les sondages) comme celle qui serait battue d’office par Sarkozy. Opération Royale manquée, donc pour le PS (sauf miracle…. Puisqu’il paraît que cette enfant de N-D d’Epinal y croit comme aux voix qu’elle entend !).
Dommage : je fais partie de ceux qui auraient souhaité une femme à l’Elysée. Mais ne votez pour une femme que parce qu’elle est femme serait une attitude bien discriminatoire, ségrégationniste, sexiste. Un réflexe sarkozien si l’on peut dire dans les logiques perverses de la « discrimination positive » et de la… « sélection choisie ».
Je fais aussi partie de ceux pour qui être de gauche n’a rien d’une maladie honteuse et ne suscite ni allergie ni phobie (bien au contraire !) Mais voter « socialiste » quand le parti qui se nomme ainsi est lui-même incapable de définir le mot, par sa valeur et son sens relèverait d’une soumission à l’inné, au génétique, à l’hérédité et non d’une liberté fondée sur l’esprit de responsabilité. Sur un réflexe, non sur une réflexion.
Royal a du pouvoir une vision mystique, un peu comme Sarkozy. Mais si celui qui veut « décomplexer la droite » en jouant avec le feu de l’extrêmiste fait peur parce que l’on sait il va et surtout où il est capable d’aller, dans « une tout est possible » même le plus ignoble, la présidente du Poitou-Charentes inquiète parce que personne se sait où elle va et où elle irait.

Dans ces conditions, Michel Rocard voit juste et le dit bien. Avec ce courage qu’avait Mendès-France. Avec cet esprit de Résistance qui est la première des qualités politiques. Avec cet amour de la France et son souci des Français qui différencie les politicines et les Hommes d’Etat.
Le constat de Rocard converge avec celui de Bayrou :la situation catastrophique de la France est moins tragique qu’en 1958. Heureusement ! Nous n’avons pas une guerre ouverte en notre sein et la république n’est pas sous la menace d’un coup d’Etat militaire. Mais avec une Constitution défigurée, une démocratie polluée, un chômage insoutenable, des inégalités croissantes scandaleuses, un tissus social déchiré, une dette vertigineuse, une croissance en panne, un rayonnement culturel crépusculaire, des services publics malades, une Justice délabrée, un système politique binaire impuissant, seules des réactions gaulliennes de rassemblement peuvent permettre à la France de se redresser et aux français de redresser la tête !
C’est le grand mérite de Bayrou d’avoir su (contrairement à Chirac, au PS et aux ex-centristes noyés dans l’UMP) tirer toutes les leçons de 2002, y compris sur ses propres engagements, ses propres positionnements, ses propres idées. Les adeptes d’un vote inutile, nuisible ou toxique ont l’embarras du choix…. Les citoyens conscients de la nécessité d’un « vote utile », d’un vote de « rupture constructive », d’un vote de « reconstruction nationale » n’ont qu’un nom propre à glisser dans l’urne : BAYROU.
On lui reprochait son manque de charisme : il est devenu plus charismatique que n’importe lequel des candidats. Avec une image de sérieux, de crédibilité, de volonté sereine.
On lui reprochait l’absence d’un programme précis : c’est celui qui a le projet le plus cohérent et le plus porteur d’un avenir où l’on saura concilier, comme disait Monnet, « La nécessité et l’idéal ».
On lui reproche encore de ne pas être clair sur « avec qui il veut gouverner » . Sa majorité sera la plus homogène de toutes celles qui peuvent sortir des urnes puisqu’elle se constituera à partir de CONVICTIONS PARTAGEES et non de calculs « politichiens », comme disait De Gaulle. « Combien de ministres FN ? », peut demander la gauche à Sarkozy… « Bové ministre socialiste ? », peut demander la droite à Royal…
Redevenons sérieux. Rocard n’a jamais incarné la « deuxième gauche », mais la première : celle qui rassemble celles et ceux qui fondent leurs politiques sur des analyses sérieuses de l’Histoire et de ses évolutions, des réalités d’aujourd’hui et de l’anticipation des impératifs de demain.

En fait, si le PS voulait entendre l’avertissement de Rocard dans toute sa gravité et son ampleur, Ségolène devrait se retirer maintenant de la compétition. C’est une remarque idiote, je sais.
Mais au moins mes amis socialistes sont prévenus : si nous avons un deuxième tour Sarkozy-Le Pen, c’est parce que des voix auront manqué à Bayrou. Et si Royal est battue au deuxième tour par Sarkozy, c’est parce qu’il aura manqué des voix à BAYROU au premier tour. Comme Rocard, je pense plus à mon pays qu’à un parti…Et contrairement à Rocard je n’ai pas de fidélité de carte à avoir :Je n’ai qu’une carte de presse et une carte d’électeur…
Daniel RIOT
15:05 Publié dans Edito | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : bayrou, royal, racard, préisentielles, politique










