24/11/2006

Carnet de campagne: Le Pen "au plus haut"

Querelles d’experts. J’adore cela….Car ils se trompent (presque) tous, et (presque) toujours …  

>>>> Première question : Le succès sans appel de Ségolène Royal au soir du premier tour de la primaire socialiste est-il le signe d'une reconquête de l'électorat populaire par le PS ? Le Figaro et Libération apportent des réponses différentes dans leur édition du 24 novembre.  Je reprends ici une analyse du MONDE.

« Une étude de l'IFOP pour Le Figaro, montre, comme l'explique Jérôme Fourquet dans les colonnes du quotidien, que Mme Royal "réalise ses meilleurs résultats dans les catégories ouvriers, employés et cadres intermédiaires (...). Chez les cadres, elle tombe à 45 %, au-dessous de sa moyenne nationale. Ce qui fait d'elle une candidate de la France d'en bas". »  C’est terrible d’être aussi marqué par une distinction qui a fait échouer …Raffarin !

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« A l'opposé, Emmanuel Todd, démographe et sociologue, dans un entretien au journal Libération, explique que le résultat de cette primaire ne donne aucun signal d'une reconquête de l'électorat populaire. "Comme Jospin en 2002, le vote Royal est surreprésenté dans (...) la France paisible : une France semi-rurale, où les vieilles industries sont absentes et qui ne compte pas beaucoup d'immigrés." ». Très bien : Ségolène c’est la Province contre Paris, les citoyens contre les notables, le sang neuf contre les « appareils », les racines contre les branches, la terre contre le ciel. J’adore Emmanuel (bien qu’en désaccord avec lui sur l’Europe). Mais la soif de concept l’emporte sur le souci de respecter une réalité qui, par nature, est plus nuancée

 

Heureusement, ajoute Le Monde,  selon Daniel Boy, directeur de recherche au Cevipof,  « il est encore trop tôt pour savoir où se portera le vote populaire ». Une prudence de bon aloi…Si on définit le « vote populaire », en une époque où la « classe » dite « moyenne » part à la dérive… «  D'après les résultats du dernier Baromètre politique français, le cœur de cible de Ségolène Royal reste les couches moyennes intellectuelles (enseignants, travailleurs sociaux...). Selon M. Boy, le côté "autoritaire" du projet de la candidate socialiste serait à même de conquérir l'électorat populaire. En revanche, "le thème de la démocratie participative est leur dernier souci". "Ce sont plutôt les classes intellectuelles qui ont ce désir de participer", précise-t-il. Et jusqu'à présent, "une bonne partie de l'électorat populaire reste encore proche de Jean-Marie Le Pen", conclut-il. »

Oh ! Quelle surprise…Si Le Pen est aussi haut dans les sondages c’est parce qu’il mord sur des électorats nouveaux pour lui : des jeunes, des femmes, des gens « aisés »…Le Pen, aujourd’hui, est banalisé. Marine joue même les « séduisantes » chez des électeurs qui oublient ce que cachent les sourires, les faux-nez et les masques de Jean-Marie qui a eu raison, en écoutant Sarko et Ségo, de penser que bien des Français préfèrent « l’original à la photocopie ». Les discours  « sécuritaires » qui n’assurent aucune « sécurité » font le jeu de Le Pen. Tenter de pêcher dans les eaux de l’extrême-droite, c’est pêcher dans des eaux troubles et jouer… avec le feu. Sur ce point et sous cet angle, De Villepin a raison. Bayrou aussi.

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>>>> Deuxième question : Le front national en est où ? Jean-Marie Le Pen, dit Le Monde, «  n'a jamais été aussi haut dans un sondage d'intentions de vote à six mois d'une élection présidentielle : il est à 17 %, selon une enquête réalisée par l'institut CSA pour Le Monde et i-télé, contre 9 % en novembre 2001. » Eh ! Oui !  « Un chiffre équivalent à son score du 21 avril 2002 (16,86 %) »

Eh ! oui… Constat d’échec de ce que Bayrou appelle « le champ républicain », à droite, comme à gauche. A droite, à cause de Sarkozy, le « pompier-pyromane » de l’insécurité. A gauche, à cause du national-populisme trop cultivé de Fabius à l’extrême gauche qui a dit Non à une Europe politique au nom d’un anti-libéralisme doctrinaire et doctrinal archéo-idéologique qui naît d’une méconnaissance du vrai « libéralisme » et des fantôme de ce que Sollers appelle « le train fantôme Vichy-Moscou » qui reste la « veine Porte » d’une France qui souffre de problèmes circulatoires entre nostalgies national-conservatrices arrogantes et utopies révolutionnaristes national-internationalistes prétentieuses. Le coq, même déplumé, chante toujours…

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Dans ce contexte, les Français se montrent, toujours le sondage publié par Le Monde,  très partagés sur sa présence dans la compétition : 48 % d'entre eux souhaitent qu'il "obtienne les 500 signatures d'élus qui lui permettront de se présenter à l'élection présidentielle" et 47 % ne le souhaitent pas. La gauche est la plus opposée à l'obtention de ces signatures (63 %) ; la droite parlementaire y est favorable à 55 % ». C’est quoi exactement la démocratie ?

 

Les Français, toujours selon Le Monde, «  sont tiraillés entre une thèse qui voudrait que le président du Front national (FN), qui représente un courant politique non interdit, puisse se présenter et leur envie de ne pas se retrouver en avril 2007 dans une situation analogue à celle de 2002 avec M. Le Pen au second tour. Ainsi, 72 % contre 24 % des personnes sondées sont d'accord avec l'affirmation selon laquelle : "Quoi qu'on pense de lui et de ses idées, il serait dommage que les électeurs n'aient pas le choix de voter ou non pour M. Le Pen." Et 68 % contre 28 % pensent que "Jean-Marie Le Pen représente une force électorale depuis plusieurs années et à ce titre, il doit pouvoir se présenter à l'élection présidentielle."

Mais ils mettent en avant les règles législatives pour trancher la présence ou non du président du FN à la présidentielle : 75 % des personnes interrogées affirment que "la démocratie c'est la règle. Si M. Le Pen ne trouve pas 500 maires ou élus prêts à lui apporter leur signature, il est normal qu'il ne puisse pas se présenter".> Là, je n’y comprends plus rien…Soit le Front national est interdit pour cause de « non-valeur », soit il reste autorisé. S’il est autorisé, il doit pouvoir jouer à armes égales avec les autres partis…C’est le système des signatures qu’il faudrait changer

 

Les femmes, paraît-il, sont beaucoup plus réticentes que les hommes : 56 % ne souhaitent pas que Le Pen  ait ses signatures contre 38 % d'hommes. De même y a-t-il moins de femmes (14 % contre 20 % pour les hommes) à envisager de voter en 2007 pour M. Le Pen. Reste qu'au total, 17 % des Français, en priorité les couches populaires et les retraités, déclarent qu'ils voteront pour lui au premier tour. Un bond de 8 points depuis janvier selon CSA.

 

Deux facteurs ont probablement, selon les experts,  contribué à cette progression : la situation dans les banlieues, mais aussi, souligne Stéphane Rozès, directeur de l'Institut CSA-Opinion, "la déception d'une partie de la droite sur la gestion de la crise du CPE par le gouvernement". Comme si cette « affaire »  était encore d’actualité dans des têtes qui ne savent plus ce que c’était… Une hypothèse qu’on assène comme une vérité   : «  Si M. Le Pen est présent au premier tour, Ségolène Royal arriverait en tête (32 %), devant Nicolas Sarkozy (29 %). » Ah bon ! Et pourquoi ?

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La surprise, dit encore Christane Chombeau du Monde,  qui ne fait que rendre compte de données qui lui échappent, «  viendrait du report de voix en cas d'absence du président du FN » Explications : «  Contrairement à ce que l'on pourrait penser, peu d'électeurs de M. Le Pen s'abstiendraient si celui-ci était empêché. Le taux d'abstention passerait seulement de 27 % à 28 %.

Selon le sondage CSA, M.Sarkozy profiterait en premier du report de voix (37 %, + 8 points). Il ferait alors jeu égal avec Mme Royal, qui engrangerait 5 points supplémentaires. Ce sondage laisse penser que le discours de cette dernière sur "l'ordre juste", la "valeur travail" aurait un écho favorable auprès d'une partie de l'électorat populaire. Philippe de Villiers (MPF) passerait,lui,  de 2 % à 5 % des intentions de vote. Enfin, 43 % des personnes interrogées estiment que M. Le Pen va "perturber la campagne électorale" s'il n'est pas en mesure de se présenter, 49 % étant d'un avis contraire. ». Et on en conclut quoi ? Il faut demander aux « experts »…

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Et Bayrou dans tout cela ? J’ai lu et relu les analyses du Monde. Pas un mot. Pourtant, il figure dans le sondage CSA : Informer, c’est trier, donc choisir. Et taire. C’est l’un des problèmes de notre paysage médiatico-politique. Passons… Il paraît qu’à gauche comma à droite, on compte sur l’effet repoussoir de Le Pen. L’effet magnétique de Bayrou gêne les deux camps. Dans notre doxocratie, la doxa sert de pensée unique et inique…même quand elle s’exprime dans deux voix. On en revient à Sarkozyg et Ségopuce… Comme dit Bayrou, « Le Pen,  c’est l’assurance tous risque du duo ». Et il est le premier responsable et coupable du système qu’il dénonce…