21/03/2008

Regard suisse sur la crise financière

 mensonges, mythes et théologie

ede9c177e4c1cf950051cbe854a74dde.jpg"L'air du large", de Jacques PILET

Le séisme américain a au moins ceci de bon: il ouvre les yeux des naïfs que nous sommes. Toute une série de bobards apparaissent enfin comme tels.

-Les Etats-Unis, disaient les experts, peuvent s’endetter plus que tout autre pays parce qu’ils ont la monnaie de référence mondiale, une économie si forte qu’elle n’a rien à craindre.

-La condition du succès économique, pontifiait-on, c’est un libéralisme sans entraves. Moins les gouvernements s’en mêleront, mieux nous nous porterons.

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23/10/2007

Europe : Vous avez dit « populisme » ?

L’éditorial de Daniel RIOT pour RELATIO

POPULISME. Le mot s’étale, une fois de plus, dans tous les commentaires, ou presque, sur l’échec des jumeaux de la droite « dure » de Pologne et sur la réussite de  Blocher, en Suisse. Comme sur les poussées indépendantistes des flamands belges, les inspirations xénophobes des législations européennes sur les immigrations, les développements de la politique-spectacle, les excès de la médiacratie, les contestations de la démocratie représentative,  les poussées des idées néo-conservatrices de droite, les dominations des croyances sur la rationalité, et/ou les démagogies révolutionnaristes d’extrème-gauche…

POPULISME. Quelle définition donner à ce mot qui s’appliquant à tout, ou presque, finit par ne plus avoir de sens ? Est populiste celui qui flatte le peuple en prétendant le servir tout en le trompant ? Sans doute.

Est populiste celui qui tente de séduire le plus grand nombre en jouant sur les leviers les moins nobles de la nature humaine : jalousie face à ceux qui ont « réussi » (les « élites ») ; sentiments d’insécurité ; émotivité mal maîtrisée ; simplisme des solutions face à une société de plus en plus complexe ; peur de la concurrence des « autres » (réflexes des petits blancs aux Etats-Unis) ; rejet de « l’Autre », trop différent ou trop semblable ; transformation, selon le mot de Finkielkraut, de « la culture de l’autre en négation de l’autre » ; exaltation des pouvoirs des « masses » ; culte du « chef »…

POPULISME. Le mot est lié bien sûr à PEUPLE, un autre terme que les dictionnaires peinent à définir…  Un « ensemble d’êtres humains vivant sur le même territoire ou ayant en commun une culture, des mœurs, un système de gouvernement. » Oui, mais cela sous-entend un unanimisme impossible…

Coup d’œil dans le rétroviseur : Le « populisme » contemporain est né (signe d’une Europe prise en sandwich ?) en Russie et aux Etats-Unis…

Le mot  a été inventé lors de la seconde moitié du XIXe siècle par des intellectuels révolutionnaires anti-tsaristes russes et correspond peu ou prou au mot « narodnik ». Ces révolutionnaires idéalisaient les paysans, leur mode de vie et surtout l’âme du peuple russe pour lutter contre l’arbitraire…

Le mot a trouvé sa version américaine en 1890 aux Etats-Unis avec le « People’s party », qui réunissait des petits propriétaires terriens…contre les riches de « Wall Street ». Un « agrarianisme » que l’on retrouvera au XX ième siècle en Europe centrale et orientale : les roumains du Parti paysan de Stere, les mouvements agrariens en Pologne (le Parti paysan Piast), en Bohémie (le Parti des fermiers et des petits paysans) ou en Serbie (le Parti agraire serbe).

Et un mot qui prendra sa pleine signification à la fois péjorative et laudative en Amérique latine dans les années 30… Avant le triomphe du Péronisme.

En France, le mot « populisme » est très en vogue depuis les années 90. Il a d’abord été utilisé, par facilité,  en litote : à la place de anti-démocrate, de raciste, de xénophobe, d’hostile aux droits de l’homme… Il s’agissait de ne pas accabler  Le Pen de qualificatifs trop « forts » susceptibles de fonder bien des procès en diffamation… Le racisme, l’antisémitisme sont des délits : le populisme est une façon d’être et de faire…   

Il est aussi utilisé, par excès,  en emphase, d’une façon stupide : « populistes », les attaques (justifiées)  de Bayrou contre les « puissance d’argent qui dépendant des commandes d’Etat et dominent les média » ? On est toujours le populiste de quelqu’un, sans doute…

Et comme nous ne sommes jamais en panne d’un « post » ou d’un “néo” pour masquer notre manque d’inspiration, nous avons créé le « néopopulisme » qui vise ceux qui utilisent les média en  privilégiant le pathos au détriment du logos. Comme si cela était nouveau …

A force d’être mis à toutes les sauces, le mot « populisme » est  devenu un terme « auberge espagnole » : chacun y trouve ce qu’il y met. Et cela n’est pas que français. « il y a en Europe autant de populisme que de pays », constate Jean-Yves Camus, chercheur spécialisé dans les « extrêmes droites »,  en faisant la différence entre le « populisme de récession » (la France de Le Pen), le « populisme d’ajustement» (la Pologne des jumeaux), le « populisme de prospérité » (la Suisse de Blocher)…

Peut-être. Tous, en tous cas, recouvrent des idéologies, des pratiques ou des desseins qui reposent sur une exaltation du nationalisme (et non du patriotisme), de la loi du plus fort, de l’autoritarisme, de la méfiance envers les élites et de la défiance démocratiques, du non respect des droits de l’Homme, d’un « Vivre ensemble » marqué plus par ce qui divise que par ce qui réunit et d’un air du temps liberticide … Sans doute parce que la Liberté est plus facile à être célébrée en chantant qu’à être assumée. Et parce qu’en cette ère de « l’individualisme de masse », la « massification des individus » se paye cher par l’altération, l’amputation voire la négation, de la …Personne.

Cette déferlante des « populismes » est plus culturelle que politique. C’est ce qui la rend particulièrement inquiétante. En cela, la Suisse n’est pas une exception européenne … même si, avec Blocher, elle est condamnée à rester longtemps un trou sur la carte géographique de l’Union européenne.

Au moins, pour l’heure, Blocher n’a pas inscrit à son programme le retrait de l’Helvétie du Conseil de l’Europe, donc de la famille des droits de l’Homme : ce filet de sécurité peut être utile, au bord du lac de Genève, et ailleurs.

Daniel RIOT

21/10/2007

SUISSE: Blocher triomphe

Question : le système suisse de consensus qui dépasse les clivages droite –gauche et veut que les quatre grands partis soient représentés au gouvernement confédéral va-t-il  résister au scrutin déjà qualifié d’ « historique » de ce dimanche ? Il faut attendre bien sûr pour avoir une réponse. Mais une chose est sûre dans l’attente des résultats BLOCHER triomphe. Et les socialistes connaisent une vraie déroute…

A LIRE SUR RELATIO >>>>>>>>>

20/10/2007

la Suisse aux urnes: Le scrutin de la peur...

DECRYPTAGE RELATIO PAR DANIEL RIOT : Paradoxe suisse.  L’Helvétie va bien. Très bien même.  « Tous les indices de prospérité, de compétitivité, d'investissements dans le futur, tout ce qui dit le bonheur d'un peuple dans ce qu'il a de mesurable, dressent un portrait de premier de classe mondial, envié comme tel » souligne Le Temps.

Certes, il y a des laissés-pour-compte et ceux qui redoutent de le devenir, sous les coups d'une mondialisation qui met la concurrence partout : le paradis n’est nulle part sur terre, pas même dans les vallées si calmes de ce pays si paisible…Mais de tous les pays d'Europe, la Suisse est socialement le moins à plaindre. C'est clair. 

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Pourtant, la Suisse vient de connaître la campagne électorale la plus violente, la plus raciste, la plus xénophobe et la plus marquée par la peur de son histoire contemporaine ! A tel point que le scrutin de dimanche prend une signification qui dépasse largement ses frontières.

Contradiction. Phénomène bien inquiétant…Pour ceux qui sont attachés aux valeurs démocratiques et humanistes. « Combien fera-t-il ? ». Là est la question. En 2003, il avait fait 27% des suffrages—ce qui était déjà énorme…

« Il » ? Christoph BLOCHER ! L’homme qui donne froid dans le dos, notamment en Suisse romande où, comme dit Jean-Jacques Roth, éditorialiste au Temps,  «  la culture institutionnelle et la sensibilité sociale sont plus vives » et où «  les thèmes du complot et du mouton noir, associés à la sacralisation de Christoph Blocher, ont le plus choqué ».

 

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18/08/2007

Greenpeace, le glacier, la foule et le photographe : La massification des individus mise à nue

La chronique (pas coquine du tout) de CLIO pour RELATIO :

6d03eee4c49e7c1544af1ddceaa31766.jpg« Cela ne vous a pas gênée de poser nue ?

-          Non. Mais le plateau était chauffé

-          Vous n’avez vraiment rien mis ?

-          Si, la radio… »

Ce dialogue entre Marilyn Monroe est un journaliste peu inspiré m’a toujours fait sourire. Avec une pointe d’envie. Vous pensez ? Marilyn ! J’ai l’air de quoi, moi, à coté ?... Même aujourd’hui, où sur le net certains sites font recette avec des créatures qui nous feraient oublier que « la femme est le chef d’œuvre de Dieu, surtout quand elle a le diable au corps », j’hésite à paraître nue devant des yeux étrangers.

dac2ca371d2b0a811748bda35d7a7dca.jpgle baiser de RODIN

J’aime bien, pourtant, parfois…Enfin, cela dépend des yeux. Alors, je pense, comme Miguel de Cervantès que « Nue, je suis venue au monde et nue, je le quitterai, ce monde »…Mais non, je n’ai jamais pensé à Cervantès quand j’étais à poils devant ces yeux là! Je dis cela par pudeur, sans doute,  pour habiller mon âme…Citation pour citation, je penserais plutôt à John Owen dans ces cas là : « Plus l’amour est nu, moins il a froid »…Mais quand c’est vraiment bien, je ne pense à rien. Et vous ?

Où en étais-je ? Ah ! Oui. A ceux et à celles qui posent nu (e) s devant des photographes. Et, surtout, en masse, en foule, en nombre...

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 Ce n’est pas du nudisme. J’ai des copines qui en font : c’est une philosophie le nudisme, pas de l’exhibitionnisme. Je les comprends les nudistes, même si je n’ai jamais accepté leurs invitations…Je n’en ai jamais parlé à mon psy, tiens. Il faut que j’y pense. Vivre à poils, c’est au poil, sans doute. Qui disait, déjà, « La nudité est l’éloquence de la chair » ? Ou « Nu ! Il n’y a de bonheur que pour les corps libérés de leurs vêtements » ? D’ailleurs, même Mahomet l’a dit (paraît-il) : « Etre nu n’est pas inconvenant ». Bas les voiles, donc ! Qui disait (encore !)  qu’une femme nue ne cache jamais son visage ? Moi, cela m’est arrivé : pour cacher des larmes…Mais çà, c’est encore une histoire pour mon psy, pas pour une chronique « européenne ».

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Européenne ? Mondiale, même… Vous pensez : le réchauffement de la planète, le climat détraqué, la fonte des glaces et des glaciers ! J’ai vu une photo d’Angéla Merkel au Groenland : elle était bien couverte, engoncée dans des vêtement chauds. Logique. Quand il fait froid, on  se couvre. Encore que…l’amour chez les Esquimaux ? Hors sujet.

Heureusement, on peut se montrer sans être nue. Elle est allée au pôle nord pour juger « sur pièces » de la fonte de la banquise, la Chancelière. Si elle cherchait à faire  un « coup de com’ », (comme dirait Sarkozy), c’est raté : le « SOS planète » dont on parle partout en ces jours d’août (où l’on ne sent guère le réchauffement de la planète) vient des Alpes suisses, du Valais. Un SOS lancé sans cor des Alpes, mais avec des corps comme l’étatsunien Spencer Tunick   , champion toutes catégories des « performances » plus sportives qu’artistiques, adore les saisir. Photos de groupes avec croupes à l’air ! 

ddb09a7e0113e90d8732bb13b79faa4f.jpgLe glacier

A poils sur les glaciers, les militants et les figurants de Greenpeace ! Chauffe, Marcel : C’est pour le bien de l’humanité. Qui va prendre une sacrée dégelée si cela continue ainsi… Pensez donc : le glacier d’Aletsch, protégé par l’Unesco, donc classé dans son « patrimoine de l’Humanité » a reculé de 115 mètres en un an. A poils, la caillasse ! Plus d’habit de glace !

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« La fonte des glaciers est un signe indubitable des changements climatiques planétaires », écrit Greenpeace. «  Si le réchauffement du climat de notre planète continue ainsi, en 2080, de la pierraille aura remplacé la plupart des glaciers. Durant les 150 dernières années, les glaciers alpins ont perdu près du tiers de leur surface et près de la moitié de leurs masses ». 150 ans ? Mon scooter n’est donc pas responsable de tout. Pardon : ce n’est pas un sujet de plaisanterie. Surtout que j’ai (mais oui !) un coté « écolo » qui épate mes copines…

3a51b8adebfd1df8dfefb460f8439d6d.jpgA Mexico

Mon problème, c’est le lien entre le climat qui se réchauffe et ces corps en masse qui se gèlent (ce que vous voudrez). Je sais qu’il existe un Centre pro-natura réputé à proximité. Mais cela n’explique rien…  Le contraste entre l’individu démuni et l’ampleur du défi à relever ? La faiblesse d’individus sans protection face à l’une de coulées les plus impressionnantes d’Europe ? La vulnérabilité du corps humain face à notre environnement ?   De cela aussi je devrais parler à mon psy…

Greenpeace expliquait avant l’opération (le prise de nus) : « L’installation symbolise la vulnérabilité des glaciers et la fragilité du corps humain. Les photos de cette installation doivent émouvoir la population et la motiver à agir maintenant contre les changements climatiques. Mettez-vous à nu pour protéger le climat! »

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Greenpeace ajoutait : « Spencer Tunick est connu pour ses installations de personnes nues. Il qualifie ses oeuvres de «sculptures vivantes» ou de «paysages corporels». En collaborant avec Greenpeace, Spencer Tunick aimerait  témoigner de la beauté et de la fragilité de notre planète. Et nous rappeler que nous devons aller de l’avant et agir en prenant des décisions courageuses! » Ah !bon…En quoi le fait d’être en masse à poils nous fait « aller de l’avant » ? En quoi, participer, numéro parmi d’autres numéros,  à une opération publicitaire est un « acte courageux » ? La contestation à poils est à la mode, je sais. Et ces manifestations ne sont pas toujours ni belles ni drôles, surtout quand leur « message » se veut politique. « L’exploitation de l’homme (et de la femme) par l’homme » commence souvent par des mises à nu humiliantes…

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Il faut dire que, personnellement, j’ai un problème de fond avec certaines des  photos de Spencer. Devrais-je aussi en parler à mon psy ?... Ces foules de gens à poils me font irrésistiblement penser aux photos noir et blanc de la tragédie des tragédies, à ces photos de l’indicible, à ces clichés des camps d’extermination.

Curieux constat dans une chronique qui se veut coquine et légère. Mais que voulez-vous ? « La peau c’est la profondeur », disait Paul Valéry, l’un des auteurs préférés de Daniel Riot.  Celui-ci ajouterait sans doute, dans ce contexte,  le mot d’un auteur dont j’ai oublié le nom : « l’individualisme de masse que nous connaissons conduit à une massification de l’individu »…

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Je suis certaine que les grands communicants de Greenpeace n’ont pas songé à ces effets pervers de leur expédition dans le Valais. Au moins dans ma tête… Mais je suis sûre de ne pas être la seule à réagir ainsi.

Le nu, oui. L’art en a vécu, en vit et en vivra longtemps. Même si tous les nus ne sont pas à porter aux nues… Mais les images sont souvent prisonnières d’autres images. Glaçantes, au bout du compte,  ces images d’une foule nue sur le  glacier. Comme d’autres  prises par Spencer Tunick en d’autres lieux, y compris dans du chocolat (blanc) à Bruges (ci-dessous)…L'individu marchandisé, bestialisé, chosisé.Négation de la personne. De l'art? Certains le disent...

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Ce qui contrarie la légèreté de l’esprit,  c’est la glaciation des âmes dont l’humain est capable. J’étais pourtant partie pour écrire une chronique pleine de sourires. Mille excuses. Pour cette fois, j’ai dû rhabiller mes coquineries

Clio

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LE SITE DE SPENCER  TUNICK

L'EXPERIENCE LYONNAISE

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15/08/2007

L’Europe vagabonde :Le lac de Constance, sans amnésie, et les chutes du Rhin sur les pas de Hugo...

Une chronique de William Petitjean pour RELATIO avec la complicité de Jacki F., internaute amoureux, d’ Yves Simon, « L’homme arc en ciel » et de  Victor H., « L’homme Océan »...

« Le lac de Constance, j’ai longtemps cru qu’il était français. A cause de la chanson   d’Yves Simon   peut-être… « Amnésie », a chanté « L’homme arc en ciel »

« Les mots d'amour mots de guerre
Et d'indifférence
Seront noyés dans les eaux
Du lac de Constance »

Mais Constance, c’est Konstanz…   Entre le France et lui : la Suisse. Qui  partage ses eaux avec l’Autriche (la Bavière vient s’y mouiller un bras) et l’Allemagne. Bodensee, le lac ! Une vraie mer sur le Rhein, pardon, le Rhin. Au pied des Alpes.

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Le Lagus Brigantinus des Romains a trois belles poches : l’Obersee ou lac supérieur, entre Bregenz (Autriche) et Constance ; le lac inférieur (Untersee) et le lac d’Überlingen. C’est une région fantastique… Cette année, bien sûr, la pluie était un peu trop généreuse, mais ce ciel fâché a donné aux Chutes du Rhin voisines, à Schaffouse, un coté infernal qui remue les tripes. » Nous y reviendons

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Jacky F. a découvert le Bodensee, vpilà quelques années,  par amour des ballons… Friedrichshaffen,   capitale  des Zepplin. Un mode de transport du futur ces autobus de l’air contrariés dans leur développement par la grande dépression, l’hitlérisme, l’angoisse des accidents (qui a fait le succès du film « L'Odyssée du Hindenburg »)…et le développement des avions.

Mais en cette ère d’économies forcées d’une énergie raréfiée, le Zeppelin n’est pas condamné à dormir dans le magnifique « Zeppenlinmuseum » de Friedrichshaffen.   Il va loin, et vite le Zepplin du XXI ième siècle

« Le Zepplin ne fait pas prendre que de  l’altitude : comme les ballons, les dirigeables, ces aéronefs nous font prendre de la hauteur d’esprit…»,  sourit Jacky F. Les paysages sont tellement différents, vu du ciel. Ils nous attirent, magnétiques. Ils nous donnent envie de nous poser et de les explorer.

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Au Bodensee, l’air, l’eau et la terre ! Avec les Alpes en ligne d'horizon... Des paysages mystiques, ou du moins qui inspirent des élans mystiques. Pas étonnant qu’il y ait autant de petites églises. Ce sont des paysages qui te poussent à entrer en toi-même, dans le labyrinthe du « moi » profond» Pas étonnant que cette région soit celle de Carl Gustav Jung l’ami-ennemi de Freud.

Cet « explorateur de l’âme humaine dans ses profondeurs les plus cachées », comme on dit dans les syndicats d’initiatives du coin est né à Kesswil,    un vrai village où il n’y a rien à voir mais toute une atmosphère à sentir sur la rive suisse du lac ». La théorie des climats est d’abord celle des paysages, en effet. Et l’on voit (aussi) ce que l’esprit projette…

« Il suffit de se balader sur les rives du Bodensee, de s’arrêter dans les villages, pour se sentir à la fois profond et léger,  serein et troublé, calme  et inspirés », insiste Jacki F qui dit préférer ces villages peu fréquentés aux hauts lieux de la région célébrés par les guides, comme l’île de Mainau ,de la Maison Bernadotte, où un micro-climat fait pousser des fleurs surprenantes dans cette Suisse pleine de secrets.

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Romantisme… « Oui cette région est très romantique », soupire Jacki F. « Un romantisme qui fait sourire et non pleurer , avec cette pointe d’ironie que donnent ces châteaux et ces églises baroques qui font le bonheur des photographes du dimanche… Meersburg, par exemple. J’ai aimé à Meersburg : on en ferait une chanson, non ? Le fort de la mer… »  

Là, se rencontrent l'Obersee et l'Überlinger See.  Une ville de cartes postales qui semble narguer, de loin, la fière Constance. , juste en face, sur l’autre rive. On raconte qu’elle a été construite par le Roi Dagobert Ier , celui de la culotte à l’envers

De Constance,   ville impériale et gravée dans l’Histoire par un Concile à l’heure de l’œcuménisme puisqu’il mit fin eu Grand schisme d’Occident en 1418  La ville en a conservé une trace visible érigée en 1993 : la statue Impéria  qui tourne sur elle-même toutes les trois minutes. La Suisse horlogère n’est pas loin…

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« Mais en été, c’est sur la rive autrichienne qu’il faut aller. Bregenz ! La capitale du Vorarlberg  la partie la plus à l’ouest de l’Autriche. Cette cité deux fois millénaire, celte et fière de l’être,  qui a pour emblème la Tour Saint-Martin dans la vieille ville médiévale, est devenue une véritable Mecque des amateurs d'architecture moderne.

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Des architectes tels que Hans Hollein, Jean Nouvel et Peter Zumthor ainsi que le groupe des « Vorarlberger Baukünstler » ont apporté ces dernières années des contributions décisives au site urbain de cette ville de 28 000 habitants qui est riche parce qu’on y travaille beaucoup. Comme toute la région d’ailleurs. Mais on essaie de concilier industrie et environnement »

Tout à fait, grâce à une coopération transfrontalière très active. Qui sait conduire un projet de « développement durable » où la protection de l’environnement tient une place primordiale.

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Mais Bregenz, c’est surtout, la ville qui fait rêver tous le mateurs d’Opéra (voir des vidéos). Pour cette année, c’est un peu tard : le festival se termine ce 19 août…  Jacky F. y était. Avec sa fée de Meersburg, bien sûr…  « J’ai pris mon pied. Malgré la pluie. Fantastique, cette scène lacustre ! La plus grande du monde… Et j’avais réservé des places depuis longtemps : cette Tosca-là ne se rate pas, même quand on est pas un  esthète de l’oreille…Grandiose. Comme l’Orchestre de Vienne dans ce décor…Puissant, surtout avec cette mise en scène d’avant-garde. Giacomo Puccini et les nouvelles technologies !  

D’ailleurs, j’ai lu quelques critiques d’experts : elles sont unanimes. » Et le programme    ne se résumait pas à cela : un haut lieu de l’Europe culturelle, Bregenz !

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« Pour que la fête soit totale, je suis allé écouter et voir les chutes du Rhin ! Avec ce temps, cette année, c’était géant. Océan »…  Comme Hugo  , « l’Homme Océan » qui mieux que quiconque a su décrire ce qui donne à Schaffhouse une célébrité mondiale.   Cela n’a rien à voir avec le Niagara, : c’est plus modeste mais plus tourmenté.  Il faut y aller, coté suisse et coté allemand, en osant la navigation et la montée glissante vers le belvédère qui  domine les rochers. Frissons assurés.

« Là aussi, le paysage est mystique », soupire Jacki F. en nous contant son « expédition ». Mais qu’il nous pardonne, Jacki F. ! C’est Hugo, sur Schaffhouse, qui aura ici le dernier mot…

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« Je suis descendu un peu plus bas, vers le gouffre. Le ciel était gris et voilé. La cascade fait un rugissement de tigre. Bruit effrayant, rapidité terrible. Poussière d'eau, tout à la fois fumée et pluie. à travers cette brume on voit la cataracte dans tout son développement. Cinq gros rochers la coupent en cinq nappes d'aspects divers et de grandeurs différentes. On croit voir les cinq piles rongées d'un pont de titans. L'hiver, les glaces font des arches bleues sur ces culées noires.

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Le plus rapproché de ces rochers est d'une forme étrange ; il semble voir sortir de l'eau pleine de rage la tête hideuse et impassible d'une idole hindoue, à trompe d'éléphant. Des arbres et des broussailles qui s'entremêlent à son sommet lui font des cheveux hérissés et horribles.
A  l'endroit le plus épouvantable de la chute, un grand rocher disparaît et reparaît sous l'écume comme le crâne d'un géant englouti, battu depuis six mille ans de cette douche effroyable. (…)
Là, tout vous remue à la fois. On est ébloui, étourdi, bouleversé, terrifié, charmé. (…). On est enveloppé d'une effroyable averse tonnante. (…) Les deux géants qui redressent la tête, je veux dire les deux plus grands rochers, semblent se parler. Ce tonnerre est leur voix. Au-dessus d'une épouvantable croupe d'écume, on aperçoit une maisonnette paisible avec son petit verger. On dirait que cette affreuse hydre est condamnée à porter éternellement sur son dos cette douce et heureuse cabane.

 

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Je suis allé jusqu'à l'extrémité du balcon ; je me suis adossé au rocher.L'aspect devient encore plus terrible. C'est un écroulement effrayant. Le gouffre hideux et splendide jette avec rage une pluie de perles au visage de ceux qui osent le regarder de si près. C'est admirable. Les quatre grands gonflements de la cataracte tombent, remontent et redescendent sans cesse. On croit voir tourner devant soi les quatre roues fulgurantes du char de la tempête »

Victor Hugo termine sa lettre   par un des ces détails que seul l’œil d’un génie peut voir :  « Dans une anfractuosité du roc, j'ai remarqué une petite touffe d'herbe desséchée. Desséchée sous la cataracte de Schaffhouse ! Dans ce déluge, une goutte d'eau lui a manqué. Il y a des cœurs qui ressemblent à cette touffe d'herbe. Au milieu du tourbillon des prospérités humaines, ils se dessèchent. Hélas ! C'est qu'il leur a manqué cette goutte d'eau qui ne sort pas de la terre, mais qui tombe du ciel, l'amour ! »

Cette « goutte » qui ne manque ni à Jacki F. et à sa fée du « fort de la mer », ni à Yves Simon, le « voyageur magnifique » : « Demain, je t’aime »…

William PETIJEAN


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