Cet « emmerdeur » de l'extrème centre « concilie modernité et héritage », réconcilie humanisme et esprit républicain et veut dépasser les faux clivages vraiment mous d’un paysage politique passéiste dominé par deux personnages interchangeables d'un film déjà trop vu:"L'alternance sns alternative".....

Il est vraiment devenu « l’emmerdeur », Bayrou! Pour la droite, la gauche et l’extrème droite. Il gène LE PEN parce qu’il incarne une contestation républicaine d’un système à bout de souffle et met en relief des valeurs qui sont les anti-valeurs. Il coupe, socialement, l’herbe sous les pieds de Royal et affiche un anti-économisme que le PS ne combat qu’avec des moyens archaïques d’assistanat compassionnel. Il montre qu’au-delà des propositions contradictoires des droites orléanistes et bonapartistes, hyper-capitalistes autoritaires, physiocratico-libéraliste et étatico-financières, il est d’autres façons de remettre l’Homme au cœur de toute action, de réconcilier Nation et Société, de mettre l'ordre au service de la Justice et de renouer avec une confiance nationale dans ce monde où l’Histoire galope. Grâce à une France forte et influente dans une Europe puissance, « européenne ».
Il gène les gaullistes, parce qu’il s’affirme, dans ses actes et ses propositions, gaullien. Il gêne les socialistes parce qu’il offre une vraie voie pour que l’Homme n’exploite plus l’Homme et ne soit plus un loup pour l’Homme. Il gêne les champions de la laïcité parce que ce « démo-chrétien » n’oublie pas que ce sont des …moines qui ont donné ens et substance au mot laïc..
Il gêne surtout ceux qui intellectuellement ne peuvent que le soutenir mais qui, prisonniers de leurs réflexes de « camps », ne vont pas au bout de leur raisonnement
Un exemple, puisé dans Le Figaro : l’analyse d’Alain-Gérard Slama sous le titre « la revanche du cabri ».
Je cite : « La réforme présidentielle est le moment où le pays choisit une personnalité et un projet, non un parti et un programme. Le peuple élit l'homme ou la femme susceptible, par son caractère et ses idées, de susciter et de maintenir la confiance » Une évidence trop oubliée, chez Ségo et chez Sarko…
« On ne le redira jamais assez, le double échec d'Alain Juppé et de Laurent Fabius, dauphins présumés de Jacques Chirac et de François Mitterrand, a représenté quelque chose comme la fin d'une dynastie.(…) Voilà pourquoi aussi François Bayrou a rejoint le cercle étroit des éligibles, aux côtés de Ségolène Royal et de Nicolas Sarkozy »
Slama insiste (avec pertinence) : « Il est, des trois, celui qui donne l'impression d'avoir la vision politique la plus longuement mûrie, la plus familière. Son verbe, sans être brillant, est le seul qui ait reçu l'empreinte des humanités classiques - celle qui inspirait le style de Mitterrand et de De Gaulle, et qui donnait du poids aux discours de Pompidou et de Valéry Giscard d'Estaing.
Grand lecteur, bon écrivain, comme l'atteste l'excellent Henri IV sur lequel il s'est projeté, nourri de poésie française et, par-dessus tout, de son cher Péguy, capable de citer Sophocle en grec , cet agrégé de lettres classiques issu d'une famille rurale modeste, qui fait mentir Bourdieu, n'est pas seulement susceptible d'attirer les « profs » de droite et de gauche, dont il fut le ministre ; il incarne à bien des égards la certaine idée de la politique que les grands ancêtres de la République ont inscrite dans les gènes des classes moyennes. Cette culture, qui réconcilie la modernité avec l'héritage, lui donne une prime sur l'énarque Ségolène Royal et lui permet, avec l'appui de Jean-Louis Bourlanges, de Jean-Claude Casanova et de Jean Peyrelevade, de compenser le handicap de compétence, de maîtrise des dossiers et de brio qui le place en position défavorable par rapport à Nicolas Sarkozy »

La description même du grand handicap apparent de Bayrou peut même être considéré comme une qualité bien peu partagée : « À la fois républicain, admirateur des grands rois centralisateurs de l'Ancien Régime et nostalgique du passé féodal, laïque et se recommandant de la doctrine sociale de l'Église, étatiste et fédéraliste au plan national comme au plan européen, partisan de la stabilité et d'une VIe République, François Bayrou se veut, à l'exemple de Montaigne, « gibelin aux guelfes et guelfe aux gibelins ». Or la préférence pour la république libérale d'un côté et la démocratie sociale ou participative de l'autre n'a rien à voir avec la guerre de religions que vomissait Montaigne. Cette alternative est à la clef de notre débat droite-gauche actuel et, entre les deux modèles, il faut choisir » Cette dernière phrase relève de l’affirmation, de l’opinion, non d’un savoir et d’une réflexion. Bayrou est un « emmerdeur » pour ceux qui sont soucieux d’honnêteté intellectuelle et se trouve en situation de la piétiner pour des raisons partisanes….
Autre exemple, puisé dans Le Monde. Régis Debray en commentateur (sportif) de la course à l’Elysée : La loi du people, c’est l’anti-peuple »… La loi du poeple, c’est celle de Sarko et de Ségo, si interchangeables dans la distribution du film « droite-gauche ou l’alternance sans alternative »
Déçu par la gauche, effrayé par la droite et écoeuré par les moeurs de notre fausse démocratie altérée par les mœurs politico-médiadico-populisto-technocratico-communicationnels », l’ancien ami de Che Guevara qui avait si bien su jouer les courtisans du Palais de l’Elysée et du ministère de la Culture pendant l’ère 1 de Mitterrand, celle où pensait que le échanger le vie « de Rimbaud pouvait faire office de programme !
Ce « national-républicaniste », « patriotico-souverainiste », dit voter sans doute pour l’un des nombreux « alter-gauche » « anti-libéraux et populaire » (si l’ombre de l’extrême-droite ne grandit pas d’ici là ») C’est son droit.
Pour le deuxième tour, il daignera voter pour Ségolène, « en jouant contre fortune bon cœur » et par « fidélité ». Mais il ne serait pas gêné (cas de figure envisagé bien qu’ « improbable ») de « voter le tracteur contre le Kärcher ». Tout sauf la « révolution conservatrice » de Sarko, en bref ! C’est son droit aussi.
Pourtant, la logique de ses diagnostics sur la crise démocratique actuelle devrait le conduire à soutenir d’entrée celui dont il vante « l’étoffe » et la « vaillance » et à qui il souhaite « bon vent parce qu’il le mérite » : Bayrou !
Mais chez notre grand penseur national, pathologiquement anti-américain et maladivement anti-européen, la logique est contrariée par « le fumet MRP » de ce « démo-chrétien » de Bayrou : «C’est rédhibitoire pour qui garde en tête le « Bloc-notes » de François Mauriac… Georges Bidault et Jean Lecanuet sont décédés, mais les morts pèsent très lourd, qu'on m'en excuse, sur le cerveau des vivants »
Oh ! Il fallait y penser… Choix de l’avenir dans le rétroviseur : cela pourrait conduire loin… Je me range parmi ces citoyens qui prônent et pratiquent culture de la mémoire et méditations sur l’Histoire. Mais revoir Lecanuet derrière la « social-économie » de Bayrou en 2007, c’est oublier que la mémoire est aussi, heureusement, une grande trieuse… C’est aussi oublier tout ce qu’a apporté, y compris au gaullisme, au socialisme et aux syndicalismes, les valeurs du « christianisme social ». Mais Debray a sans doute plus lu Heidegger que Jaspers, Merleau-Ponty, Maritain, Marc Sangnier et quelques autres…
Le sarkozisme rime peut-être avec bonapartisme, le social-royalisme rime sûrement avec socialo-archaïsme, mais franchement il est des comparaisons surprenantes chez un esprit qui se réclame des Lumières (et non de l’électricité). Debray voit-il les moustaches de Staline sur le visage de Marie-Georges Buffet, les lunettes du créateur de l’Armée Rouge sur le nez du facteur ? Debray, dans son miroir, verrait-il à la fois Alexandre et Aristote ? Avec des postures ou des impostures ?
En tous cas, Debray ne vise pas Bayrou quand il résume les grands défauts du duo SEGO-SARKO : « Recettes catégorielles et réformes ponctuelles ne s'articulent plus à une vue panoramique du futur ou à une idée de l'homme. La perspective s'est évanouie sous l'aplat, le pointillisme des fiches d'experts escamote tout arrière-plan. D'où l'impossibilité d'établir une hiérarchie des urgences, une organisation des plans de sauvetage, et même un véritable état des lieux. » Eh ! oui…l contraire de ce que prône et fait Bayrou…
Qu’est-ce qu’on fait face à un « emmerdeur ». On l’ignore ou on tente de le démolir. Ségo et Sarko ont tenté la première tactique. Sans succès. Ils essaient la seconde. Sans ménager leurs coups et retenir leurs snipers… « Il ne faut pas tout mélanger, la politique n'a rien à gagner dans le ramollissement des identités politiques » a lancé Ségolène ce matin sur France-Inter.
Un chroniqueur de Metro, Jérôme Vermelin résume, sondages à l’appui : « François Bayrou, une troisième voie crédible…L’idée de rassembler gauche et droite au sein d’un même gouvernement est plébiscitée…Le discours de François Bayrou sur le dépassement des clivages traditionnels semble faire son chemin dans l’opinion ».
Rien n’est joué. Comme dit Sarko, « il faut attendre la dernière seconde de la dernière minute de la dernière heure ». En attendant, au PS comme à l’UMP, on regardera TF1 ce soir avec le même espoir : « Pourvu qu’il se plante ! » Cela non plus n’est inscrit nulle part…
Alain-Gérard Slama se rassure lui-même (et tente de rassurer son camp, en écrivant : « On sent percer dans son assurance l'esprit de revanche du « cabri ». Raymond Barre a payé cher, naguère, sa propension à trancher : « J'ai étudié le problème, et il en résulte que... ». Edgar Faure avait sous-titré le second tome de ses Mémoires : « Avoir toujours raison est un grand tort. » Il ne croyait pas si bien dire. » Mais qui le reprend à son compte ? Bayrou ? Sarko ? Ou Slama ?
Daniel RIOT