18/11/2007
L’Europe gourmande : Julien, le prince d’Isenbourg
« Au cœur du vignoble »… Connaissez-vous un château ou une demeure de classe d’une région viticole d’Europe dont la présentation dans les meilleurs (ou les plus mauvais) des guides ne commence pas par « Situé(e) au cœur du vignoble » ? L’Europe des clichés ne connaît pas de crise… Le Château d’Isenbourg, lui, a le vignoble au cœur. Et à cœur ! Une question de philosophie de vie plus que de situation…
Sur la route des vins, il est, bien sûr, ce chateau. Bien ancré dans l’Alsace pre-vosgienne, face à la Forêt noire qui, ici, fait office de la grenouille dans son bocal du bon météorologue… Bien exposé, comme un objet de désir.

Il est trop imposant pour ne pas être hanté par des faits d’armes, des intrigues de chevaliers ou d'évêques, des cœur fléchés et des parfums de femmes. Et il est, bien sûr, chargé de cette Histoire qui fait de l’Europe non le « vieux continent », mais une terre pétrie d’humanité qui adore les histoires…
Isenbourg ? Plongée en Austrasie ! En ce Royaume franc des Mérovingiens qui, de la mort de Clovis (511) à celle de Childeric III (751), nous a valu quelques Clotaire, Sigebert et autres…Dagobert.
Une résidence royale, ce château de Rouffach dont l’histoire …moderne commence avec l’évêque Frédéric de Blankenheim en 1380 ! Il abrite aujourd’hui un hôtel quatre étoiles des « Grandes Etapes Françaises » qui vaut détours et séjours. Y compris pour garder la forme ou la recouvrer: un spa à user sans modération... Il offre, surtout, une cuisine… royale grâce à un jeune chef imaginatif, inventif, subtile, expert en mariage des saveurs.

Un alchimiste ou un magicien talentueux de l’art culinaire, ce Julien Binz , un chef qui devrait faire des « Tommeries » une salle à déguster digne des meilleurs des tables étoilées! Il vaut déjà beaucoup plus et mieux que la plupart des guides (toujours un peu en retard) le disent...
« Tommeries » ? Le nom des pupitres sur lesquels on posait, avec délicatesse, des fioles soufflées qui permettaient de conserver le raisin dans les conditions les meilleures. Un nom qui est celui du village de Bourgogne où ces fioles étaient fabriquées. Les Tommeries: Un triple symbole qui sied bien à la cuisine de Julien. Respect des traditions les meilleures, soin et conscience du vrai artisan, par définition passionnément amoureux de son art, et goût de l’innovation, de la recherche, de ces trouvailles qui font, comme disait Valéry, que « le génie est une habitude que prennent certains ».
Julien est tombé dans les marmites dans son adolescence. Et il a visiblement pris cette « habitude » valéryenne : le mot « génial » appliqué à sa cuisine n’a pas l’affadissement qui faisait piquer de saines colères à Musil contre les journalistes en mal d’inspiration… Et cet amoureux de son art sait aussi, pour rendre une autre formule de Valéry, que « le travail doit finir par effacer les travail »…
Son parcours, il est vrai, n’a rien d’un chemin de croix. De très belles stations sur la route des bons couverts ! Les Armes de France, à Ammerschwihr (67), Le Buerehiesel à Strasbourg (67), L’Auberge d’Artzenheim et (mais oui) l’Auberge de l’Ill à Illhaeusern (68). Ce « Jeune talent 2006 » a été le second de cuisine de Marc Haeberlin.
Ce parcours étoilé devrait logiquement (« l’intendance suivra », redirait De Gaulle !) le conduire au paradis des meilleurs… si j’en juge par ce que j’ai vu, senti et dégusté. Avec la sûreté de bouche qui vient d’une petite expérience de fine gueule que je confesse bien volontiers et d’un esprit d'épicurien non repenti qui aime les repas non de fêtes, mais en fêtes (de tous les sens) et qui place la cuisine dans la « rubrique » culture et non « vie pratique »…

Du grand art, vos mets, « chef Julien » ! En sortant du château, je pensais à ce proverbe alsacien que Martin Graff avait remis au goût du jour et dont j’ai fait un peu ma devise personnelle : « Cultive tes racines, et plante-les dans les étoiles »…
Non seulement, parce que les étoiles peuvent et doivent devenir votre jardin professionnels, mais parce que votre art de marier (et de doser) les saveurs, donc les produits, est très « européen » dans le sens le plus noble du terme : je ne sais si vous êtes des « euro-toques », mais votre toque est authentiquement européenne. Avec une carte « unie dans la diversité »…
Daniel RIOT
Une recette du chef
(Ingrédients pour 6 personnes)
Foie Gras 6 escalopes de 70 gr
Pain d’épices 6 tranches
2 oeufs
Lait 100 gr
Framboises 500 gr
Beurre 60 gr
Vinaigre Balsamique 150 gr
Sucre 150 gr
Préparation
Tailler les tranches de Pain d’épices à l’aide d’un emporte pièces rond.
Tremper dans le mélange œuf – lait et poêler au beurre.
Disposer les framboises sur le pain d’épices et passer 1 minute au four.
Réaliser un caramel avec le beurre et le sucre, déglacer avec le vinaigre Balsamique et réduire quelques instants.
Couper le Foie Gras en tranches, assaisonner et poêler vivement dans une poêle anti-adhésive, sans matière grasse.
Dressage
Dresser le pain d’épices garni de framboises au milieu de l’assiette, poser le Foie poêlé par dessus.
Ajouter un cordon de sirop de vinaigre autour.
(Recette reprise sur « Alsacez-vous », le site de Tourisme Alsace >>>>>> )

L'HISTOIRE DU CHATEAU >>>>>>>>>>
LES GRANDES ETAPES FRANCAISES >>>>>>>>>>
A VISITER DANS CE COIN D'EUROPE >>>>>>>>>
A NE PAS MANQUER: LE MUSEE UNTERLINDEN DE COLMAR (à une vingtaine de kilomètre du Chateau d'Isenbourg)

LE RETABLE D'ISSENHEIM
Vers 1512-1516, Grünewald peint son célèbre retable pour la commanderie des Antonins d’Issenheim, un village situé à une vingtaine de kilomètres de Colmar, commandité par Guy Guers, précepteur de la commanderie des Antonins de 1490 à 1516. La partie sculptée est due à Nicolas de Haguenau (vers 1515). L’ordre des Antonins a vu le jour officiellement en 1092, avec pour vocation de soigner les malades atteints du feu sacré, une maladie provoquée par l’ergot de seigle, parasite de cette céréale. Fondée vers 1300, la commanderie d’Issenheim acquiert peu à peu une richesse considérable dont témoignent les nombreuses œuvres d’art qu’elle a commandées et financées. Consacré à saint Antoine, le retable, destiné au chœur de l’église de la commanderie, figure parmi elles. Il est resté conservé dans cet établissement religieux jusqu’à la Révolution et pour empêcher sa destruction, il est transporté à Colmar, en 1792, à la Bibliothèque Nationale du District. En 1852 enfin, il est transféré dans l’église de l’ancien couvent des Dominicaines d’Unterlinden, où il constitue le joyau du musée qui s’y organise alors et où il n’a cessé, depuis, de fasciner et d’envoûter ceux qui l’ont contemplé.

UNE EXPO A VOIR DU 8 DECEMBRE 07 AU 2 MARS 2008
Détenteur du célèbre retable des Antonins d’Issenheim, chef-d’œuvre de Grünewald, le musée d’Unterlinden consacre, pour la première fois en France, une exposition à l’œuvre de ce grand peintre de la Renaissance germanique.
Cette manifestation s’inscrit dans la politique du musée privilégiant la recherche et la mise en valeur, en direction du public, de ses remarquables collections de peintures et de sculptures représentatives de l’art des XVe et XVIe siècles, une période durant laquelle le Rhin supérieur a connu un véritable âge d’or.
L’exposition tentera de préciser la chronologie de création du retable d'Issenheim et d’éclairer nos connaissances sur l’identité de Grünewald.
Elle fait suite à l’étude du retable d’Issenheim menée depuis plusieurs années par le Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France (C2RMF), et au colloque qui s’est tenu à Colmar en janvier 2006.
Elle sera centrée sur le processus d’élaboration de cet ensemble monumental qu’est le retable, grâce à un partenariat avec le Kupferstichkabinett de Berlin où est conservé l’essentiel de l’œuvre graphique de Grünewald.
20:20 Publié dans Coups de coeur | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : alsace, strasbourg, gastronomie, cuisine, restaurants, tourisme, culture
15/08/2007
L’Europe vagabonde :Le lac de Constance, sans amnésie, et les chutes du Rhin sur les pas de Hugo...
Une chronique de William Petitjean pour RELATIO avec la complicité de Jacki F., internaute amoureux, d’ Yves Simon, « L’homme arc en ciel » et de Victor H., « L’homme Océan »...
« Le lac de Constance, j’ai longtemps cru qu’il était français. A cause de la chanson d’Yves Simon peut-être… « Amnésie », a chanté « L’homme arc en ciel »
« Les mots d'amour mots de guerre
Et d'indifférence
Seront noyés dans les eaux
Du lac de Constance »
Mais Constance, c’est Konstanz… Entre le France et lui : la Suisse. Qui partage ses eaux avec l’Autriche (la Bavière vient s’y mouiller un bras) et l’Allemagne. Bodensee, le lac ! Une vraie mer sur le Rhein, pardon, le Rhin. Au pied des Alpes.
Le Lagus Brigantinus des Romains a trois belles poches : l’Obersee ou lac supérieur, entre Bregenz (Autriche) et Constance ; le lac inférieur (Untersee) et le lac d’Überlingen. C’est une région fantastique… Cette année, bien sûr, la pluie était un peu trop généreuse, mais ce ciel fâché a donné aux Chutes du Rhin voisines, à Schaffouse, un coté infernal qui remue les tripes. » Nous y reviendons…

Jacky F. a découvert le Bodensee, vpilà quelques années, par amour des ballons… Friedrichshaffen, capitale des Zepplin. Un mode de transport du futur ces autobus de l’air contrariés dans leur développement par la grande dépression, l’hitlérisme, l’angoisse des accidents (qui a fait le succès du film « L'Odyssée du Hindenburg »)…et le développement des avions.
Mais en cette ère d’économies forcées d’une énergie raréfiée, le Zeppelin n’est pas condamné à dormir dans le magnifique « Zeppenlinmuseum » de Friedrichshaffen. Il va loin, et vite le Zepplin du XXI ième siècle
« Le Zepplin ne fait pas prendre que de l’altitude : comme les ballons, les dirigeables, ces aéronefs nous font prendre de la hauteur d’esprit…», sourit Jacky F. Les paysages sont tellement différents, vu du ciel. Ils nous attirent, magnétiques. Ils nous donnent envie de nous poser et de les explorer.

Au Bodensee, l’air, l’eau et la terre ! Avec les Alpes en ligne d'horizon... Des paysages mystiques, ou du moins qui inspirent des élans mystiques. Pas étonnant qu’il y ait autant de petites églises. Ce sont des paysages qui te poussent à entrer en toi-même, dans le labyrinthe du « moi » profond» Pas étonnant que cette région soit celle de Carl Gustav Jung, l’ami-ennemi de Freud.
Cet « explorateur de l’âme humaine dans ses profondeurs les plus cachées », comme on dit dans les syndicats d’initiatives du coin est né à Kesswil, un vrai village où il n’y a rien à voir mais toute une atmosphère à sentir sur la rive suisse du lac ». La théorie des climats est d’abord celle des paysages, en effet. Et l’on voit (aussi) ce que l’esprit projette…
« Il suffit de se balader sur les rives du Bodensee, de s’arrêter dans les villages, pour se sentir à la fois profond et léger, serein et troublé, calme et inspirés », insiste Jacki F qui dit préférer ces villages peu fréquentés aux hauts lieux de la région célébrés par les guides, comme l’île de Mainau ,de la Maison Bernadotte, où un micro-climat fait pousser des fleurs surprenantes dans cette Suisse pleine de secrets.

Romantisme… « Oui cette région est très romantique », soupire Jacki F. « Un romantisme qui fait sourire et non pleurer , avec cette pointe d’ironie que donnent ces châteaux et ces églises baroques qui font le bonheur des photographes du dimanche… Meersburg, par exemple. J’ai aimé à Meersburg : on en ferait une chanson, non ? Le fort de la mer… »
Là, se rencontrent l'Obersee et l'Überlinger See. Une ville de cartes postales qui semble narguer, de loin, la fière Constance. , juste en face, sur l’autre rive. On raconte qu’elle a été construite par le Roi Dagobert Ier , celui de la culotte à l’envers
De Constance, ville impériale et gravée dans l’Histoire par un Concile à l’heure de l’œcuménisme puisqu’il mit fin eu Grand schisme d’Occident en 1418 La ville en a conservé une trace visible érigée en 1993 : la statue Impéria qui tourne sur elle-même toutes les trois minutes. La Suisse horlogère n’est pas loin…

« Mais en été, c’est sur la rive autrichienne qu’il faut aller. Bregenz ! La capitale du Vorarlberg la partie la plus à l’ouest de l’Autriche. Cette cité deux fois millénaire, celte et fière de l’être, qui a pour emblème la Tour Saint-Martin dans la vieille ville médiévale, est devenue une véritable Mecque des amateurs d'architecture moderne.

Des architectes tels que Hans Hollein, Jean Nouvel et Peter Zumthor ainsi que le groupe des « Vorarlberger Baukünstler » ont apporté ces dernières années des contributions décisives au site urbain de cette ville de 28 000 habitants qui est riche parce qu’on y travaille beaucoup. Comme toute la région d’ailleurs. Mais on essaie de concilier industrie et environnement »
Tout à fait, grâce à une coopération transfrontalière très active. Qui sait conduire un projet de « développement durable » où la protection de l’environnement tient une place primordiale.
Mais Bregenz, c’est surtout, la ville qui fait rêver tous le mateurs d’Opéra (voir des vidéos). Pour cette année, c’est un peu tard : le festival se termine ce 19 août… Jacky F. y était. Avec sa fée de Meersburg, bien sûr… « J’ai pris mon pied. Malgré la pluie. Fantastique, cette scène lacustre ! La plus grande du monde… Et j’avais réservé des places depuis longtemps : cette Tosca-là ne se rate pas, même quand on est pas un esthète de l’oreille…Grandiose. Comme l’Orchestre de Vienne dans ce décor…Puissant, surtout avec cette mise en scène d’avant-garde. Giacomo Puccini et les nouvelles technologies !
D’ailleurs, j’ai lu quelques critiques d’experts : elles sont unanimes. » Et le programme ne se résumait pas à cela : un haut lieu de l’Europe culturelle, Bregenz !

« Pour que la fête soit totale, je suis allé écouter et voir les chutes du Rhin ! Avec ce temps, cette année, c’était géant. Océan »… Comme Hugo , « l’Homme Océan » qui mieux que quiconque a su décrire ce qui donne à Schaffhouse une célébrité mondiale. Cela n’a rien à voir avec le Niagara, : c’est plus modeste mais plus tourmenté. Il faut y aller, coté suisse et coté allemand, en osant la navigation et la montée glissante vers le belvédère qui domine les rochers. Frissons assurés.
« Là aussi, le paysage est mystique », soupire Jacki F. en nous contant son « expédition ». Mais qu’il nous pardonne, Jacki F. ! C’est Hugo, sur Schaffhouse, qui aura ici le dernier mot…

« Je suis descendu un peu plus bas, vers le gouffre. Le ciel était gris et voilé. La cascade fait un rugissement de tigre. Bruit effrayant, rapidité terrible. Poussière d'eau, tout à la fois fumée et pluie. à travers cette brume on voit la cataracte dans tout son développement. Cinq gros rochers la coupent en cinq nappes d'aspects divers et de grandeurs différentes. On croit voir les cinq piles rongées d'un pont de titans. L'hiver, les glaces font des arches bleues sur ces culées noires.

Le plus rapproché de ces rochers est d'une forme étrange ; il semble voir sortir de l'eau pleine de rage la tête hideuse et impassible d'une idole hindoue, à trompe d'éléphant. Des arbres et des broussailles qui s'entremêlent à son sommet lui font des cheveux hérissés et horribles.
A l'endroit le plus épouvantable de la chute, un grand rocher disparaît et reparaît sous l'écume comme le crâne d'un géant englouti, battu depuis six mille ans de cette douche effroyable. (…)
Là, tout vous remue à la fois. On est ébloui, étourdi, bouleversé, terrifié, charmé. (…). On est enveloppé d'une effroyable averse tonnante. (…) Les deux géants qui redressent la tête, je veux dire les deux plus grands rochers, semblent se parler. Ce tonnerre est leur voix. Au-dessus d'une épouvantable croupe d'écume, on aperçoit une maisonnette paisible avec son petit verger. On dirait que cette affreuse hydre est condamnée à porter éternellement sur son dos cette douce et heureuse cabane.

Je suis allé jusqu'à l'extrémité du balcon ; je me suis adossé au rocher.L'aspect devient encore plus terrible. C'est un écroulement effrayant. Le gouffre hideux et splendide jette avec rage une pluie de perles au visage de ceux qui osent le regarder de si près. C'est admirable. Les quatre grands gonflements de la cataracte tombent, remontent et redescendent sans cesse. On croit voir tourner devant soi les quatre roues fulgurantes du char de la tempête »
Victor Hugo termine sa lettre par un des ces détails que seul l’œil d’un génie peut voir : « Dans une anfractuosité du roc, j'ai remarqué une petite touffe d'herbe desséchée. Desséchée sous la cataracte de Schaffhouse ! Dans ce déluge, une goutte d'eau lui a manqué. Il y a des cœurs qui ressemblent à cette touffe d'herbe. Au milieu du tourbillon des prospérités humaines, ils se dessèchent. Hélas ! C'est qu'il leur a manqué cette goutte d'eau qui ne sort pas de la terre, mais qui tombe du ciel, l'amour ! »
Cette « goutte » qui ne manque ni à Jacki F. et à sa fée du « fort de la mer », ni à Yves Simon, le « voyageur magnifique » : « Demain, je t’aime »…
William PETIJEAN
04:30 Publié dans SELECTION RELATIO | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, voyages, tourisme, découverte, suisse, allemagne, autriche
07/08/2007
En cette France « une et indivisible » : La République du Saugeais
Voilà 60 ans que les Saugettes et les Saugets sont « un peu plus que
Français ». Promenade autour d’une abbaye du Haut Doubs entre saucisses et comté, tuyés et morbier, bresi et vacherin: «Saugeathlon » entre Saut du Doubs et source de la Loue. Insolite ? Unique…
L’Europe vagabonde de William PETITJEAN pour RELATIO : Nul besoin d’aller très loin pour découvrir des coins qui méritent qu’on s’y attarde. Et qui surprennent… Connaissez-vous la République du Saugeais ? Dans cette République française « une et indivisible », toujours imprégnée d’un jacobinisme centralisateur, il existe une terre à nulle autre pareille, avec un exécutif « héréditaire », comme dans les principautés et les monarchies, et avec tous les attributs de la souveraineté : Président (une femme), gouvernement, corps diplomatique, passeport, frontières, monnaie, timbre, drapeau, blason, hymne national, télévision, et armée…de bénévoles !

Nous sommes bien en 2007, en France, dans l’Union européenne. Et Jean-Pierre Bouteiller, Comtois (« rends-toi ne nie ma foi »), journaliste, qui vient de quitter Strasbourg pour prendre retraite à Nice n’a qu’un regret : dans l’ancien comté niçois, il y a déjà un « ambassadeur de la République du Saugeais ».Il en aurait accepté la charge, avec honneur et bonheur. "Je suis un Sauget de cœur "
C’est lui qui a attiré l’attention de Relatio sur cette République bien digne de figurer parmi les étapes insolites de notre « Europe vagabonde ». A deux pas (d’escargot) de la Suisse. A 10 kilomètres de Pontarlier (qui fut capitale mondiale de l’absinthe de 1805 à 1915 et reste, en qualité, championne des apéritifs à l’anis ou à la gentiane). A 70 Kms de Besançon : Merci (et pas merde) à Vauban… Et à Victor :« Ce siècle avait deux ans quand à Vesontio, petite ville espagnole… »…

La géographie ? Dans la verte Franche-Comté, dans ce Haut Doubs fier, entre autres, de ses saucisses (Ah ! Morteau !), de son jambon, de son bresi, de sa palette et de son lard, de ses fromages (Comté, Morbier, Vacherin ou Mont D’Or), de son miel (de sapin), de ses truites (Doubs, Loue, Dessoubre), de ses champignons, de ses escargots, et de ses vaches (montbéliardes, bien sûr !) 



Ici, en été comme en hiver, on respire à pleins poumons. Randonnées et VTT, ski, luge, traîneau…Et amour, bien sûr : Gustave Courbet et son origine du monde sont des voisins d’Ornans…
Sur 125 km2 : onze communes, dont Montbenoît, la capitale politique, célèbre pour Abbaye (restaurée) et Gillet, la capitale économique, dotée d’une gare (fermée) qui était sur une ligne de chemin de fer transformée en piste cyclable : on n’arrête pas le progrès.
Sur ces hauteurs (1000mètres en moyenne), quelque 4500 citoyens fiers d’être Saugets dans ce « pays que Dieu créa la huitième jour » et dont feu Edgar Faure fut le premier citoyen d’honneur.
C’est ici que ce brillant personnage -- qui dirigea Pontarlier (centre du Haut Doubs depuis l’antiquité) de 1971 à 1977-- a eu confirmation d’une donnée politique majeure : « Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent »

Dans cette République ou dans les environs, des sites naturels dignes de visites prolongées : le saut du Doubs, la source de la Loue, le cirque de Consolation, unique en son genre, puit de mysticisme en pleine nature…
Et ne négligez pas quelques lieux culturels chargés d’Histoire : château de Joux (prison de Mirabeau et de Toussaint Louverture et qui est hanté de légendes qui remontent au temps de croisades), l’abbaye de Montbenoît (« qui y vient y revient »), le musée de l’horlogerie de Morteau, et… les « tuyés », ces cheminées à salaison sans lesquels les saucisses du pays ne seraient pas ce qu’elles sont.

A propos, vous avez essayé la saucisse de Morteau ou de Montbéliard (des vraies bien sûr, pas ces fausses qui constituent un crime contre le bon goût que trouve parfois, trop souvent, …ailleurs !) avec de la cancoillotte chaude ? Je vais finir rapidement cet article pour m’en préparer une assiette. Mais je ne vous ai pas encore parlé de l’artisanat (horloges comtoises, automates, cloches et clochettes, montres, bijoux, travail du bois…). Ni de tout ce qui fait de cette République une réalité unique en son genre. Pas seulement folklorique !
« C’est plus grand que la principauté de Monaco, et on y trouve des choses que l’on ne trouve pas chez les Grimaldi », soupire Jean-Pierre Bouteiller, amoureux de cette République où il faut montrer un « laissez-passer » pour franchir la « frontière »…
Cette République est née d’une plaisanterie, en 1947 : un préfet du Doubs qui avait de l’humour (M. Ottaviani) s’est laissé prendre au jeu de l’Histoire des Saugets et des Saugettes dans l’auberge de l’Abbaye de Montbenoit tenue par Georges Pourchet…Convaincant, Pourchet sur la spécificité religieuse et civile de sa contrée! « Je vous nomme Président à vie de la République du Saugeais ».
Le préfet ne savait pas qu’il allait être pris au mot, à ce point… Quand la boutade vous monte au nez, dans cette région, on rit…sérieusement. Le Président « à vie » (ce qui lui a permis d’afficher sa supériorité quand Giscard l’a reçu à l’Elysée !) prit sa charge très au sérieux. Et ses concitoyens aussi. Mobilisation générale ! « La République nous appelle…sachons vaincre ou sachons périr »…Mais non…
« Depuis qu’il y a des hommes au monde
Qui ont yeux sous les sourcils
Depuis que notre terre est ronde
Que la descente n’est pas en montée
Chacun dit, il faut bien le croire
Qu’il n’y a rien de tel que notre Saugeais
Que ceux qui en sont peuvent "se croire"
Un petit peu plus que s’ils étaient français »
Sa femme lui succéda, à la demande générale et sous la pression de suppliques adressées « du monde entier ». Et sa fille, Georgette, assume aujourd’hui des fonctions qui ne sont pas qu’honorifiques… C’est qu’il y en a des festivités dans cette République.
Cette année, la République fête ses 60 ans ! Et ce n’est pas fini…Le futur, ici, n’insultera pas le passé. Un passé qui remonte à l’an 1000…avec Benoît l’Hermite, un saint homme disciple de Saint –Augustin.
Vers 1150, Landry Sire de Joux, désirant racheter les fautes de ses ancêtres, fit don de ce territoire « inculte », inhabité sauf par des ours et des loups, à Monseigneur Humbert, Archevêque de Besançon.
Celui-ci, pour défricher la région, fait appel aux « chamoniers » réguliers de Saint Augustin, à Saint Maurice en Valais, en Suisse, qui acceptent avec eux des colons du canton des Grisons (d’où le « bresi » ?) et des Savoyards. Solidarité européenne, déjà…
Ces premiers habitants du Saugeais (des immigrés "choisis"!) apportent avec eux leurs coutumes, leurs traditions et leur langue, qui sera parlée couramment jusqu'en 1900. Vous ne parlez pas la « saugette » ? Elle mériterait d’être réhabilitée dans le cadre de la défense européenne des langues minoritaires… Même si la France n’a toujours pas ratifié cette Convention du Conseil de l’Europe
Aujourd’hui, la République du Saugeais est l’un des « phares » du Haut-Doubs, perle de la nature jurassienne. Vous ne connaissez pas les « 24 heures de Montbenoît » ? Les bolides ne sont pas les mêmes qu’au Mans, mais c’est du solide. Et le « Saugeathlon » devrait être intégré aux jeux discipline olympique. Sans autre dopage que l’air pur des montagne, de la bonne charcuterie et de l’excellent fromage, bref des valeurs gourmandes pour gourmets !
William PETITJEAN
16:15 Publié dans SELECTION RELATIO | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : insolite, tourisme, comté, saucisses, doubs, franche-comté, haut Doubs
05/08/2007
L’Europe vagabonde : Quelques fleurs de Malte
Des vacances d’amour dans un coin de la planète que ces deux grands voyageurs n’avaient jamais fréquenté…Quête de virginité mémorielle, en quelque sorte. « Malte ? ». Pourquoi pas ?
Ni Annie, ni Nicolas n’avaient mis le pieds sur cette île qu’ils savaient à peine situer sur la carte. En route pour ce confetti de la Méditerranée, ce caillou entre Libye et Sicile qu’ils ne connaissaient que par le « faucon maltais », par Corto Maltese, par les Chevaliers de l’Histoire, par l’Ordre, par une actualité pas toujours drôle : des « flots d’immigrés africains désespérés » qui échouent sur ses cotes, des soupçons de « paradis fiscal » pas très blanc, et un… bateau de Bolloré, un des amis de Sarkozy.

Malte ? Ils ont vu. Ils sont revenus. Et ils en sont ravis. Une belle surprise, cette perle du sud ! « Ici, l’amour s’enracine dans cinq millénaires d’Histoire et s’épanouit jusqu’à l’infini ». Chanceux, les amoureux…
22:22 Publié dans SELECTION RELATIO | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : malte, voyages, tourisme, culture, vacances
Relatio lance « L’Europe vagabonde »
L'Europe vagadonde: une nouvelle rubrique de RELATIO. Un effet de la saison ? Peut-être. Une volonté, surtout, de mieux faire connaître les villes, les contrées les pays d’Europe, de faire partager les plaisirs d’un voyage, d’une escapade, d’un week-end, d’inciter les nombreux visiteurs de ce webzine européen à choisir une « Destination Europe »…Pour mieux lire l’Europe : toute lecture est voyage et tout voyage est livre. Pour mieux vivre l’Europe: vagabondages européens...
Des chutes du Rhin au...Cela sera fait sans prétention. Des guides sérieux et attrayants ne manquent pas sur le Net et la Toile est riche de sites consacrés aux voyages. Nous offrirons des liens sélectionnés et nous souhaitons, surtout, apporter cette « touche Relatio » qui vient de notre curiosité à 360 degrés, de notre désir de dépasser les frontières des disciplines, des spécialités et des centres d’intérêts.
Une question de regards, de tournure d’esprit, de cette… très soutenable « légèreté de l’être » qui est l’une des composantes de cette âme européenne dont on parle trop peu, mais qui existe pour qui sait la voir, la sentir, l'entendre vibrer.
... delta du DanubeComme disait Gide, « l’importance est dans le regard plus que dans la chose regardée ». Ce regard peut être le vôtre. Faites-nous part, en prenant le temps de faire court bien sûr, de vos impressions de voyages, de vos découvertes, de vos réflexions et de vos suggestions…
En cette ère où l’on se déplace plus qu’on voyage, où l’on court plus qu’on se promène, où l’on croise plus qu’on rencontre, ces vagabondages européens, ces lectures d’Europe, sont l’occasion de mises en relations. En Relatio.
Daniel RIOT
D'une ile grecque...Bons voyages, et merci pour vos contributions. Cette rubrique est conçue pour être d’abord la vôtre. Un courriel suffit : relatio@danielriot.com .Textes, photos, dessins, montages, poésies, morceaux choisis, références, conseils, suggestions…
...au soleil de minuit en Finlande12:29 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : voyages, web, blogs, net, tourisme, europe, culture


















